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La fermeture vendredi aux Etats-Unis du Tevatron, le plus grand accélérateur au monde de particules après celui du CERN en Europe, victime de contraintes budgétaires, ne décourage pas pour autant les physiciens qui affichent un certain optimisme.

"Dans notre champ de recherche, nous ne nous prenons pas la tête si nous sommes dépassés par un autre accélérateur", explique à l'AFP Pier Oddone, directeur du Fermi National Accelerator Laboratory ou Fermilab, près de Chicago (Illinois, nord), où se situe le Tevatron.

"L'idée est de se focaliser sur des recherches dans lesquelles nous pouvons obtenir les plus grandes avancées", ajoute-t-il.

Les chercheurs du Fermilab vont ainsi se concentrer désormais sur des travaux plus ciblés --et moins coûteux-- et travailler avec le Grand collisionneur de hadrons (LHC) au Centre européen de recherche nucléaire (CERN), près de Genève, pour des projets plus ambitieux comme la quête du célèbre boson de Higgs, ultime pièce manquante jamais observée dans la théorie de la structure fondamentale de la matière.

Le LHC, un consortium de vingt pays, est le plus puissant accélérateur de particules au monde, un rang occupé pendant plus de deux décennies par le Tevatron.

"Parfois les plus grandes découvertes se font avec des recherches plus modestes", assure le patron du Fermilab.

Ainsi, les prochaines grandes avancées de ce centre de recherches pourraient venir de trois nouveaux projets financés en partie avec les 50 millions de dollars dépensés annuellement sur le Tevatron, le plus puissant des cinq accélérateurs de particules du Fermilab.

Les scientifiques construisent actuellement une caméra pour détecter l'énergie sombre, forme d'énergie inconnue présente dans l'Univers --plus de 70% du total-- qui expliquerait l'accélération de l'expansion du cosmos.

Ils travaillent également à la construction du plus puissant rayonnement de neutrinos, qui pourrait aider à comprendre pourquoi l'Univers contient plus de matière que d'anti-matière.

Ces particules élémentaires ont, selon une récente expérience européenne, dépassé la vitesse de la lumière ce qui, si cela est confirmé, bouleverserait la théorie de la relativité d'Einstein, fondement de la physique moderne.

Enfin, le "Project X" a pour objectif de mettre au point le plus puissant accélérateur de protons, autre particule élémentaire. "Nous sommes en mesure aux Etats-Unis de vraiment consolider notre rôle dominant", explique Stuart Hendersen, directeur adjoint du Fermilab. "Et le Project X offre une plateforme nous permettant d'y parvenir dans les 20 à 30 prochaines années". Les scientifiques du Fermilab reconnaissent néanmoins ne pas pouvoir prédire ce que les Etats-Unis pourraient perdre en cédant à l'Europe des pans importants de la recherche en physique.

Le Tevatron, un anneau de 6,3 km enterré sous les prairies de l'Illinois et inauguré en 1983, a permis des contributions clé à la physique fondamentale, dont la plus importante a été la découverte en 1995 du Quark top, une particule élémentaire rare dotée d'une masse élevée.

Les avancées réalisées grâce au Tevatron ont aussi eu des retombées pratiques révolutionnaires dont l'imagerie par résonance magnétique (IRM). Mais la fin de cet accélérateur de particules intervient en des temps difficiles pour la science américaine dont la prééminence mondiale est restée incontestée pendant plus d'un demi-siècle.

La recherche souffre de la crise économique et budgétaire et ce dans un contexte d'une intense politisation avec nombre de républicains défendant le néo-créationnisme au détriment de la théorie de l'évolution de Darwin et les climato-sceptiques pour s'assurer le soutient des ultra-conservateurs.