Sciences - Santé

Avec une espérance de vie moyenne à la naissance, en 2030, de 90,82 ans, pour les femmes et de 84 ans pour les hommes, la Corée du Sud est sacrée future championne de la longévité toutes catégories, ou disons pour les deux sexes, devant, côté féminin, la France (88,55 ans) suivie du Japon (88,41 ans), et côté masculin, l'Australie (84 ans) et la Suisse (83,95 ans). Quant à la Belgique, nos compatriotes féminines devraient atteindre en 2030 une espérance de vie de 85,64 ans (contre 82,76 en 2010) alors que les hommes belges nés cette année-là pourront espérer vivre en moyenne 80,88 ans (contre 77,35 ans en 2010).

C'est que, à l'horizon 2030, atteindre une espérance de vie proche des 90 ans pour les dames, voire la dépasser, et de 85 ans pour leurs contemporains masculins devrait être le lot de plusieurs pays développés.

C'est en tout cas ce qui ressort d'une étude très sérieuse, réalisée par une équipe de l'Imperial College de Londres, en association avec l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), et publiée dans la prestigieuse revue médicale "The Lancet". Pour ce faire, les auteurs disent avoir "élaboré un nouveau modèle à la fiabilité inégalée, fruit de l'application à la démographie de méthodes mathématiques pointues". Sous la direction du Pr Majid Ezzati, les chercheurs britanniques ont réalisé la synthèse de 21 prédictions de l'espérance de vie menées par des démographes dans 35 pays développés et émergents.

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6,6 ans de vie gagnés en 20 ans en Corée du Sud

Sur base de cette méthode, les auteurs britanniques en arrivent à la conclusion que les Sud-coréennes devraient gagner en moyenne 6,6 ans d'espérance de vie en l'espace de 20 ans, soit de 2010 à 2030, ce qui représente la plus forte croissance, devant les Mexicaines, les Portugaises et les Slovènes. Pendant ce temps-là, les hommes de Corée du Sud auront, eux, gagné 7 ans d'espérance de vie, contre 7,5 ans pour les Hongrois, qui avaient toutefois un certain retard à rattraper. Quant aux Français, ils n'auront eux progressé que d'à peine 3,8 ans. D'après les auteurs, les hommes qui devraient également enregistrer les plus belles progressions dans les deux décennies à venir sont aussi les Danois, les Irlandais, les Polonais, les Slovaques et les Slovènes.

Les Américains régressent

Il y a ceux qui montent et ceux qui tombent, comme les Américain(e)s. "Les pays ont souvent des forces et des faiblesses, a commenté le Pr Ezzati. En France, l'obésité reste faible, la mortalité routière a baissé, le binge drinking (biture express) est moins répandu qu'ailleurs. Et la sécurité sociale prend en charge tout le monde. Mais la politique contre le tabac est médiocre, contrairement à celle des Australiens. Les Américains sont mauvais presque partout: obésité, accès aux soins, morts violentes, politique environnementale…"

Rappelons à ce propos que, depuis quatre ans, l'espérance de vie n'a plus augmenté outre-Atlantique, où elle s'avère déjà inférieure à celle de la plupart des pays développés. Et cela ne devrait pas s'améliorer dans les années à venir vu l'état de santé des jeunes générations, la consommation croissante de médicaments opiacés, entre autres. D'après l'étude britannique, l'espérance de vie moyenne aux Etats-Unis devrait passer de 81,2 ans en 2010 à 83,3 ans en 2030 chez les femmes et de 76,5 ans à 79,5 ans chez les hommes, soit des chiffres similaires à ceux de pays comme la Croatie ou le Mexique. Pour expliquer ces régressions, les auteurs avancent d'importantes inégalités, l'absence d'un système de santé universel, mais aussi des taux de mortalité maternelle et infantile, d'homicides et d'obésité particulièrement élevés dans ces pays.

Les raisons de la progression

Quant à expliquer la remarquable progression de pays comme la Corée du Sud, les chercheurs évoquent a contrario l'amélioration de l'accès aux soins de santé et la promotion d'une meilleure nutrition chez les enfants et les adolescents. Ainsi qu'un taux nettement inférieur de tabagisme chez les femmes et de personnes en surpoids.

Pour ce qui est de l'écart hommes-femmes, qui allait de 3,9 ans en Nouvelle-Zélande à 8,5 ans en Pologne en 2010, il tend à se réduire dans tous les pays, à l'exception du Mexique, où les femmes devraient gagner en espérance de vie davantage que les hommes ainsi qu'au Chili, en France et en Grèce où elle devrait augmenter dans la même proportion pour les deux sexes. Ce qui, d'après le Pr Ezzati, s'explique notamment par le fait que les hommes ont eux aussi tendance à adopter des modes de vie plus sains qu'ils n'en avaient jusqu'ici l'habitude.

Pour affiner leurs prédictions, les chercheurs ont d'ores et déjà annoncé qu'ils poursuivraient leurs travaux en appliquant leurs modèles à des maladies spécifiques ainsi qu'à tous les pays, tout en reconnaissant que ces dernières ne peuvent pas tenir compte d'événements imprévus comme des changements politiques affectant les systèmes sociaux et sanitaires. Quoi qu'il en soit, cette étude est aussi l'occasion de souligner une fois encore que le vieillissement de la population nécessite une anticipation à tous les niveaux de la part des responsables politiques. "Le fait que nous allons continuer à vivre plus longtemps implique que nous devons commencer à réfléchir au renforcement des systèmes de soins et des prestations sociales afin de soutenir une population vieillissante avec des besoins multiples dans le domaine de la santé", a déclaré à ce propos le principal auteur de l'étude, Majid Ezzati.

Selon les dernières statistiques publiées l'an dernier par l'OMS, le podium des pays ayant les espérances de vie les plus longues à la naissance se composait, chez les femmes, du Japon (86,8 ans), suivi de Singapour (86,1 ans) et de l'Espagne (85,5 ans) alors que le tiercé de tête chez les hommes donnait la Suisse (81,3 ans) en numéro 1, devant l'Islande (81,2 ans) et l'Australie (80,9 ans).

En 2015, en Belgique, l'espérance de vie moyenne à la naissance était de 83,14 ans chez la femme et 78,54 ans chez l'homme.