Sciences - Santé

L’industrie pharmaceutique aimerait bien mettre au point un médicament similaire au Viagra, mais à usage féminin, les femmes étant beaucoup plus nombreuses que les hommes à souffrir de difficultés sexuelles. Mais la recette de ce médicament contre la frigidité n’est apparemment pas pour demain en raison de la dimension complexe de la sexualité féminine.

Avant de chercher à créer une pilule miracle, des chercheurs ont entrepris de comprendre ce qui se passe dans le cerveau au maximum du plaisir.

Il faut dire que jusque-là, l’industrie n’a pas réussi à mettre au point de médicament susceptible d’aider les femmes. L’an dernier, après huit ans d’étude, la firme Pfizer a renoncé à l’étude qu’elle menait auprès de 3.000 d’entre elles traitées vainement au Viagra.

"Je déteste le dire mais les femmes sont plus complexes que les hommes dans ce domaine", dit sans prendre de gants Beverly Whipple, une chercheuse spécialisée sur la question qui a coécrit "Le Point G".

Le Viagra et ses deux concurrents (le Cialis et le Levitra) sont des outils plutôt sommaires: ils agissent simplement en effet en accélérant le flux sanguin dans les corps érectiles, en l’occurrence l’artère pénienne. Les femmes qui en prennent obtiennent les mêmes effets, mais chez elles ceux-ci ne sont guère satisfaisants.

"On ne met pas un médicament au point en observant ce qui agit chez l’homme et en l’appliquant à la femme", relève Amy Allina, directrice de programmes au sein du réseau national de la santé des femmes à Washington. "Ceci témoigne d’un manque d’information concernant les dessous des difficultés sexuelles féminines".

La dernière recherche dans ce domaine, réalisée par des universitaires, plutôt que par des compagnies pharmaceutiques, plaide pour une solution d’ordre neurologique. D’autant que pour atteindre l’orgasme, les femmes sont plus dépendantes que les hommes de leur humeur, de l’estime qu’elles ont d’elles et d’autres facteurs psychologiques.

Tandis que les industriels ont tous renoncé au Viagra à usage féminin, les universitaires sont de plus en plus nombreux à enregistrer d’importantes avancées en étudiant directement le cerveau en recourant à l’IRM (imagerie à résonance magnétique). Ils observent le cerveau au moment de l’orgasme et commencent à en tirer des conclusions intéressantes.

Un exemple: en observant le cerveau de femmes paralysées mais qui n’ont pas perdu leur capacité à jouir, ils ont découvert l’importance du nerf vague, une cible thérapeutique désormais envisagée dans l’élaboration de médicaments. Ce nerf situé à l’extérieur de la moelle épinière transmet des informations aux régions du cerveau en charge de l’humeur.

"Nous avons en gros trouvé les zones du cerveau qui sont activées lors de l’orgasme chez la femme", affirme Barry Komisaruk qui a travaillé avec Beverly Whipple.

Les IRM révèlent en particulier que pendant l’orgasme, les centres de la douleur "s’éteignent" alors que "s’allument" ceux du plaisir, les mêmes que lors de la consommation de cocaïne.

Mais un problème se pose: aucune machine n’est capable de surveiller en même temps la tête et le corps, et même si c’était possible, les images seraient brouillées par le "bruit de fond" généré par les mouvements des mains par exemple.

C’est pourquoi Barry Komisaruk étudie des IRM de femmes qui s’autostimulent par la pensée, une faculté assez rare, mais qui a le mérite d’éliminer le fameux bruit de fond.

"Le plus surprenant, c’est que tout le monde sait que tout se déclenche entre les oreilles et pas entre les jambes", explique Gert Holstege, sexologue à l’université de Groningue aux Pays-Bas.

Parmi ses découvertes, celui-ci insiste sur le fait que l’amygdale du cerveau, impliquée dans le contrôle de la peur et de l’anxiété, est inactive pendant l’orgasme.