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Le prix Abel de mathématiques a été attribué ce mercredi au Belge Pierre Deligne pour ses travaux en géométrie algébrique, a annoncé l'Académie norvégienne des Sciences et des Lettres. Considérée comme le prix Nobel de mathématiques, cette récompense s'accompagne d'une somme de six millions de couronnes norvégiennes (800.000 euros). Déjà détenteur de la prestigieuse médaille Fields qui lui a été remise en 1978, Pierre Deligne, 68 ans, est professeur émérite à l'Ecole de mathématiques de Princeton depuis 1984 après un long séjour à l'Institut des hautes études scientifiques (IHES), près de Paris.

A 12 ans, il lisait des manuels universitaires de mathématiques empruntés à son frère et demandait des explications, selon la biographie fournie par le comité de remise du prix Abel.

"La puissance des concepts, des idées, des résultats et des méthodes de Deligne continue d'influencer l'évolution de la géométrie algébrique ainsi que les mathématiques plus généralement", a fait valoir le comité.

Diplômé de l'Université libre de Bruxelles et titulaire d'un doctorat de l'Université Paris-XI, Pierre Deligne est membre des Académies des sciences française, belge ou encore américaine. Il a été fait vicomte par le roi Albert en 2006 et a déjà eu l'honneur d'avoir un timbre à son effigie.

Le prix lui sera remis le 21 mai à Oslo par le roi Harald de Norvège. Portant le nom du mathématicien norvégien Niels Henrik Abel (1802-1829), la récompense a été créée par le gouvernement norvégien avec l'objectif de combler l'absence de prix Nobel de mathématiques.

Deligne: "Les maths sont un plaisir esthétique intense"

"Les mathématiques sont un plaisir esthétique intense", estime Pierre Deligne, le mathématicien belge ayant remporté mercredi le prix Abel, considéré comme le Nobel de mathématiques. Le Bruxellois a fait cette déclaration dans un livre de Dirk Huylebrouck qui paraîtra à la mi-mai en néerlandais, "België + Wiskunde" (Belgique + Mathématiques), d'où sont tirés les éléments biographiques suivants. Pierre Deligne est né le 3 octobre 1944 à Etterbeek. C'est vers 14 ans qu'il tombe amoureux des maths en feuilletant un ouvrage universitaire. Il comprend alors qu'il pourrait faire de sa passion son métier.

Il s'inscrit à l'Université libre de Bruxelles en 1962 et termine ses études par une année à l'Ecole Normale Supérieure de Paris en tant que "pensionnaire étranger". Une fois sa licence en mathématiques en poche, il intègre alors le Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) comme chercheur avant d'étudier au prestigieux Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES), près de Paris. Il obtient son doctorat en 1968 sous la direction de Alexander Grothendieck, un Allemand considéré comme le plus grand mathématicien de la seconde moitié du XXe siècle.

En 1984, il traverse l'Océan atlantique pour s'établir au très renommé Institute for Advanced Study (IAS) de l'université de Princeton. Détail amusant car Deligne se décrit comme un amoureux de la Russie, pays où il a d'ailleurs recontré sa femme.

Pierre Deligne est élevé au rang de vicomte par le roi Albert II en 2006, peu de temps avant de voir son portrait affiché sur une série de timbres. Le mathématicien consacré mercredi par l'Académie norvégienne des Sciences et des Lettres vit toujours aujourd'hui à Princeton, où il enseigne à l'IAS.

Interrogé sur sa vivacité d'esprit, il répond modestement que "c'est facile de répondre rapidement quand on a eu des années pour réfléchir à la réponse". Agé de 68 ans, il avoue cependant craindre de perdre peu à peu sa rapidité de réflexion. "Mais c'est pour cela que je respecte les jeunes chercheurs." Pierre Deligne recevra son prix des mains du roi Harald de Norvège le 21 mai à Oslo.