Sciences - Santé

Alors que le secteur des soins de santé doit se serrer la ceinture, le budget des "médicaments innovants" remboursés sous le système appelé "convention article 81" explose: entre 2015 et 2018, il aura augmenté de 600%, a calculé le magazine d'investigation Médor dans un article publié jeudi. Pour les partenaires sociaux, ce système opaque qui remplit les poches de l'industrie pharmaceutique met en péril la sécurité sociale. Le système "article 81" existe depuis 2010. Il permet à l'Etat de rembourser des médicaments généralement très onéreux dont l'efficacité thérapeutique ou le rapport coût-bénéfice sont encore incertains, afin d'en faire profiter au plus vite les patients. Les prix de ces médicaments sont négociés entre les firmes pharmaceutiques et le gouvernement, puis fixés dans des conventions ultra confidentielles. Ces dernières sont valables pour une durée limitée, généralement trois ans, avec comme objectif que les firmes produisent les données manquantes pendant ce laps de temps.

L'Inami a refusé de communiquer à Médor le budget pour l'Etat des médicaments sous article 81. Mais, en extrapolant les données disponibles, le trimestriel a calculé qu'il atteindra 2,1 milliards d'euros pour les années 2015 à 2018. Entre ces deux années, il aura augmenté de 600%, avec 169 conventions en cours mi-2017.

Ce succès expliquerait en grande partie le dérapage de la trajectoire budgétaire prévue par la ministre de la Santé Maggie De Block. Il met une pression considérable sur l'ensemble du budget des soins de santé.

Son efficacité a pourtant été critiquée par le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE): souvent, l'industrie pharmaceutique ne met pas à profit le temps de la convention pour prouver l'efficacité du médicament concerné. De plus, d'après Médor, neuf des traitements "article 81" sont considérés par la revue française "Prescrire" comme plus dangereux qu'utiles.

On y trouve aussi le Champix, un médicament antitabac remboursé depuis 2008 dont on voit mal le caractère innovant, s'étonne Médor. En 2015, la ministre De Block avait autorisé son remboursement sous la procédure article 81 contre l'avis de la Commission de remboursement des médicaments.