Sciences - Santé

La suppression pure et simple des bancs solaires. Voilà ce pour quoi plaide le Conseil supérieur de la santé (CSS) qui a émis, ce lundi, un avis sur cette problématique, en tenant compte des éléments scientifiques les plus récents ainsi que des recommandations internationales actuelles. Le précédent avis datait en effet de 2000.

En tant qu'organe d'avis, le CSS renvoie donc à présent la balle au monde politique pour une décision allant dans le sens d'une interdiction.


Pour justifier cette position, le CSS avance les raisons suivantes:


- la preuve scientifique existe que l’exposition aux rayons UV peut provoquer cancer de la peau et autres maladies oculaires. "l'exposition aux UV, y compris ceux émis par les bancs solaires, augmente, à tout âge, le risque de mélanome cutané et de carcinome épidermoïde, note le CSS.Le risque de ces types de cancer (notamment de mélanome) est particulièrement élevé en cas d'exposition pendant l'enfance et l'adolescence. De plus, des preuves modérées montrent que l'exposition aux UV, y compris ceux émis par les bancs solaires, augmente également le risque de carcinome basocellulaire et de mélanome oculaire".


- il n’existe pas de niveau seuil pour l’apparition de cancer cutané et donc pas de limite sûre à recommander pour l’exposition aux UV, en ce qui concerne le développement de cancers de la peau;


- l’utilisation du banc solaire n’est certainement pas la meilleure manière de produire de la vitamine D. Une exposition minimale aux rayonnements UV naturels est suffisante pour induire la production de vitamine D. L’utilisation d’un banc solaire n’est donc pas nécessaire. En cas de carence, des compléments oraux de vitamine D pourront être pris;


- l’exposition aux rayons UV naturels peut être limitée par des mesures de protection mais ne peut jamais être totalement exclue;


- les contrôles réalisés dans les centres de bronzage ont montré que peu sont en ordre ou fournissent des informations précises.Sur les 199 centres inspectés l'an passé, seuls 12 étaient tout à fait en ordre;


- certaines personnes développent une dépendance pathologique appelée tanorexie;


- la plupart des utilisateurs utilise le banc solaire pour des raisons purement esthétiques;


- les bancs solaires sont accessibles en permanence, ceci incitant à une utilisation répétée et excessive.


Pour toutes ces raisons et afin de réduire le risque de cancer de la peau, le CSS préconise une interdiction des bancs solaires ainsi que de tous les dispositifs émettant des UV artificiels accessibles au public. Pendant la période de transition jusqu'à l'interdiction effective des bancs solaires, de même que par la suite, le CSS recommande en outre d'informer le grand public de manière objective et transparente sur les risques liés aux UV en général.

Doublée d'une campagne de prévention, l'interdiction totale de l'utilisation des bancs solaires pourrait, selon le CSS, " résulter dans la prévention de presque 6000 décès sur une période de 50 ans. Les coûts pour les soins de santé pourraient également diminuer de 227,7 millions d'euros grâce à une campagne de sensibilisation et de 238 millions d'euros suite à l’interdiction totale des bancs solaires".


Plus d'un million de Belges ont utilisé le banc solaire au cours de l'année écoulée


Malgré tous les avertisements d'ores et déjà lancés, malgré la connaissance des méfaits et des dangers de l'usage des bancs solaires (94% de la population en connaissent les effets cancérogènes), l'usage demeure. En comparaison avec d’autres pays européens, le banc solaire est très largement utilisé en Belgique. En 2015, 14 % de la population belge ont eu recours au banc solaire (au moins une session durant les 12 mois). 62 % des utilisateurs ont subi au moins 10 sessions en un an et 23% plus de 20 sessions durant l’année. Au total, cela concerne plus d’un million de personnes entre 15 et 65 ans ayant utilisé un banc solaire l’année écoulée.

Pour quelles raisons vont-ils s'allonger sur ces bancs? Avant tout, pour bronzer (62%) et pour maintenir le bronzage (44 %). Mais aussi, parce que trop nombreux (47%) sont encore ceux qui pensent que cela prépare la peau au soleil avant les vacances, et par conséquent aide à prévenir les coups de soleil. Toujours à tort, 9% l'utilisent pensant bénéficier de plus de cvitamine D. D'autres encore (32 %) y vont parce qu'ils se sentent mieux après une séance.

Pour rappel, depuis avril dernier, les centres de banc solaire sont déjà tenus de placer des avertissements en matière de santé à leur entrée ainsi que dans chaque cabine, à la suite d'une décision du ministre des Consommateurs, Kris Peeters. Celle-ci est toutefois jugée insuffisante par les experts du CSS.


Kris Peeters réticent

Alors que la ministre de la Santé, Maggie De Block n'a pas souhaité s'exprimer sur cette matière qui "ne relève pas de ses compérences", le ministre de la Protection du consommateur, Kris Peeters, se montre lui réticent à une interdiction totale des bancs solaires en Belgique. La raison évoquée? M. Peeters craint une augmentation de l'usage à domicile.

Si le ministre n'envisage pas d'interdiction totale à ce stade, "à partir du mois de septembre, les solariums devront afficher un avertissement en matière de santé, a-t-il rappelé. Ils devront clairement indiquer que l'utilisation du banc solaire augmente les risques de cancer."

M. Peeters souligne également que "davantage de contrôles ont été effectués cette année. Il est ainsi apparu qu'en 2016, aucun centre de bronzage n'était totalement en règle. Et il y a déjà eu 150 contrôles effectués depuis le début de l'année, contre 199 pour l'ensemble de l'année 2016."

A la suite de la publication de ce rapport, le ministre a lancé une nouvelle invitation au secteur et abordera le sujet cette semaine avec la commissaire européenne au Marché intérieur, Elzbieta Bienkowska.


La Fondation contre le Cancer réclame également un plan visant à supprimer les bancs solaires

Pour sa part, la Fondation contre le Cancer (FCC), qui plaide pour cette interdiction depuis 2012, a fait savoir qu'elle "se réjouit de la prise de position du Conseil supérieur de la Santé (CSS) en faveur de l'interdiction des bancs solaires". A son tour, la FCC en appelle "aux responsables politiques pour la mise en place rapide d'un plan visant à supprimer progressivement les bancs solaires." La Fondation contre le Cancer demande une interdiction suivie d'une suppression progressive. "C'est ce processus qui a été mis en place en 2015 en Australie", indique-t-elle.

Selon la Fondation, "de nombreux grands organismes de santé publique considèrent la nature cancérigène des bancs solaire comme un fait avéré. Ils sont d'accord sur de nombreux points, notamment le fait qu'utiliser des bancs solaires avant 35 ans augmente le risque de cancer de la peau de 75%, et que ce risque augmente à chaque usage. Un seul usage entraîne déjà un risque de mélanome accru de 20%."

Pourtant, "le public continue à sous-estimer les risques liés à cette pratique, ou ne les connait simplement pas", déplore la Fondation, se basant sur une enquête qu'elle a menée en 2015. "Un usage modéré ne serait pas nocif. C'est faux. Aucun seuil de sûreté n'existe quant à l'usage des bancs solaires. Chaque séance augmente le risque de cancer de la peau", martèle-t-elle.


FeBelSol: l'appel du CSS est "déséquilibré"

Selon la Fédération pour les exploitants de solariums FeBelSol, l'avis du Conseil supérieur de la santé rendu lundi est "déséquilibré" et "dommageable pour le secteur", indique un représentant de l'association dans une réaction à Belga. "Un avis du CSS n'est évidemment pas anodin. Il suit celui de la Fondation contre le cancer", relève FeBelSol. "Mais il est déséquilibré car c'est le comportement général de consommateurs face au soleil qui est problématique. Ce n'est pas parce que des gens vont bronzer sans protection dans les pays tropicaux que l'on va interdire les vacances dans ces régions", s'indigne la Fédération.

"Cet avis est également dommageable pour le secteur. La Belgique possède déjà la loi la plus stricte d'Europe en la matière, avec 14 points précis, contre deux ou trois chez nos voisins. Et le travail d'assainissement du secteur est en cours", ajoute FeBelSol.

"L'exposition aux rayons UV en cabine ou à l'extérieur est semblable. C'est la même longueur d'onde", affirme également FeBelSol. La Fédération conteste l'affirmation de la Fondation contre le cancer selon laquelle une seule séance de banc solaire suffit pour augmenter les risques de cancer. "Ce qui davantage dommageable, ce sont les mauvaises habitudes."

FebelSol revendique 2560 membres professionnels: "il existe quelque 6000 centres de bronzage, selon la définition officielle. Mais celle-ci inclut également les salons de coiffure, les esthéticiennes, les spas, etc. qui ne disposent parfois que d'une seule cabine de bronzage. Nous, c'est notre activité principale."