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Ne dites surtout plus "lait de soja", "fromage végétal" ou "beurre de tofu". Hasard du calendrier, c’est aussi ce mercredi matin que la Cour de justice de l’Union européenne a rendu cet arrêt : les produits purement végétaux ne peuvent être commercialisés sous des dénominations telles que "lait", "crème", "beurre", "fromage" ou "yoghourt". Ces termes sont réservés par le droit de l’Union européenne aux produits d’origine animale.

La cour de justice se penchait en fait sur le cas de la société allemande Tofutown, qui commercialisait du "Soyatoo beurre de tofu", du "Veggie-Cheese" et autre "rice spray cream". La cour a précisé hier que même s’il y avait des mentions précisant l’origine végétale du produit en cause (comme Tofutown argumentait le faire), la règle restait en vigueur.

Haricots beurre et crème de menthe

Car la Cour de justice éclaircissait ici ("interprétait") une loi européenne déjà existante. Fin 2013, le Parlement et le Conseil européens avaient décidé de réserver ces termes aux produits d’origine animale, en ajoutant une liste d’exception par pays : chez nous, lait d’amande, de coco, crème d’asperge, de riz, de cacao, de menthe, de framboise, de volaille, beurre de cacao, fromage de tête, haricots beurre. En Belgique, "dans les magasins, on ne doit donc déjà plus trouver des emballages portant le nom ‘lait de soja’, par exemple. Sinon, les fabricants contreviennent à la loi", précise-t-on à la Cour européenne. La volonté, y poursuit-on, est de protéger le consommateur, qui ne doit pas être induit en erreur. "Pour nous, cette décision ne change rien, commente la porte-parole de l’entreprise Alpro, qui commercialise des produits végétaux. On utilise les termes ‘boisson de soja’ ou ‘alternatives aux produits laitiers’. Lait (animal) et boisson de soja sont des produits complémentaires mais différents. Le consommateur sait que c’est différent quand on est clair dans la communication. Et nous le sommes."

"Lait d’amande" autorisé

Même si on "peut bien discuter" de la pertinence de la règle : "il y a des exceptions autorisées, comme lait d’amande. Il y a aussi une règle de tradition. Quand un nom devient une tradition, il va être utilisé. Le terme ‘lait de soja’ est utilisé par les consommateurs."

Sur le jugement relatif au bébé, la société refuse de s’exprimer : "Nous ne vendons pas de produits végétaux pour bébé." Pour Luc Hollands, du syndicat des producteurs de lait Mig, ce décès illustre "les dérives d’appeler lait quelque chose qui n’est pas du lait". "Il y a une confusion dans la tête du consommateur. Il se met dans la tête qu’en buvant du lait de soja, il a la même qualité alimentaire que du lait de vache ou chèvre. C’est un grand mensonge." La loi européenne confirmée hier est "fondamentale" pour lui.

Après cette décision, les fabricants de substituts laitiers, eux, devront faire "leur gymnastique intellectuelle", comme le décrit l’ingénieur agronome Youri Charlier, en train de mettre au point un produit végétal qu’il destine à remplacer la mozzarella. Vu la loi, ce dernier ne pourra utiliser ce nom ou "fromage végétal"; il doit trouver autre chose. Une solution serait aussi d’inscrire sur la boîte une recette du type : "à agrémenter de tomate comme avec la mozzarella" et une photo de ce plat. Le sachet sera semblable à ceux de mozzarella et Youri Charlier réfléchit à un liquide de conservation qui évoquerait le lactosérum typique du fromage italien… Il estime lui qu’il n’y a pas de confusion dans la tête du consommateur : les clients qui vont rechercher ces produits spécifiques sont "instruits" au niveau alimentaire.