Sciences - Santé

Vingt-deux millions d’euros vont être débloqués pour le remboursement de soins psychologiques. Mais certains psychothérapeutes sont nettement plus critiques. Un recours contre le dispositif pourrait être déposé. Dossier.

Grande première. Le 28 juillet dernier, le gouvernement fédéral adoptait une mesure de la ministre de la Santé, Maggie De Block (OpenVLD), visant à permettre le remboursement de soins psychologiques de première ligne. Une enveloppe de 22,5 millions d’euros a été prévue. Selon la Fédération belge des psychologues, le remboursement prévu couvrirait trois à quatre séances par patient et par an. La Belgique comptant 11 413 049 habitants, on peut en déduire que 0,98 % de la population sera, au mieux, concerné par la mesure.

Une personne sur trois concernée

Selon un rapport d’Itinera Institute, "si vous placez trois Belges au hasard autour d’une table, l’un d’entre eux en moyenne aura déjà été confronté à un trouble mental au cours de sa vie."

C’est sur base de ce même rapport que la ministre De Block a tenu à réagir en lançant cette nouvelle disposition, qui complète la loi de 2016 sur la reconnaissance des professions de soins de santé mentale (voir ci-dessus) . Pour pouvoir autoriser un tel remboursement, il fallait en effet d’abord organiser la reconnaissance de ces professions. Avant la loi de 2016, tout le monde pouvait se prétendre "psychothérapeute".

Un remboursement sous certaines conditions

"Le remboursement des soins psychologiques de première ligne permettra aux personnes souffrant de troubles psychiques modérés, qui doivent aujourd’hui parfois attendre plusieurs années avant d’être aidées, d’être traitées plus rapidement", déclare la ministre de la Santé.

Un traitement plus rapide certes, mais pas sans limite. Tout d’abord, il s’agit de soins psychologiques de première ligne, correspondant à un traitement court (trois à quatre séances). "Le but est d’intervenir à la source, de sorte à ne pas se retrouver à la case extrême de l’hôpital psychiatrique", explique Els Cleemput, porte-parole de la ministre.

Ensuite, le remboursement s’adresse aux personnes souffrant de troubles psychiques modérés. Cela va, précise Els Cleemput, "de petits problèmes que l’on pense avoir mais qui peuvent être surmontés avec une bonne balade à d’autres problèmes, plus graves, associés à la case hôpital psychiatrique".

Le gouvernement fédéral pose par ailleurs deux autres conditions. D’une part, il faudra que le patient soit envoyé par le médecin généraliste vers le psychologue ou l’orthopédagogue clinicien. D’autre part, le traitement devra impérativement être repris au dossier médical global.

Des contestations se font entendre

Mais cette disposition ne semble pas pleinement satisfaire le secteur. De nombreux professionnels jugent que le budget débloqué est réellement insuffisant. La Fédération belge des psychologues souligne également que le passage obligatoire chez le médecin généraliste va entraîner une perte d’autonomie du thérapeute.

Benoît Dumont, psychothérapeute, pointe quant à lui l’imprécision de la ministre sur le sujet. Le remboursement est, pour lui, une façon déguisée de renvoyer les patients le plus rapidement au travail.

Ce remboursement devrait être effectif d’ici la fin 2018 mais verra probablement encore certaines voix s’élever d’ici là.

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