Sciences - Santé

Toxicologue, Directeur de recherches FNRS et Professeur à l’UCL, le Pr Alfred Bernard fait le point sur ces substances que de nombreuses études épidémiologiques associent à des troubles ou maladies impliquant un dysfonctionnement du système endocrinien tels que l’obésité, le diabète de type 2, l’infertilité, les cancers hormono-dépendants et les troubles cognitifs ou neuro-comportementaux chez l’enfant.


1 Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien (PE) ? Comment les définir ?

La définition la plus couramment admise et adoptée au niveau européen est celle qu’en a donnée l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2002 : un perturbateur endocrinien (PE) est une substance ou un mélange exogène (extérieur à l’organisme), qui altère les fonctions du système endocrinien (dépendant des hormones) et entraîne par la suite des effets néfastes pour la santé chez l’organisme intact, sa descendance ou les (sous) populations. L’OMS définit un PE potentiel comme une substance ou un mélange exogène possédant des propriétés susceptibles de perturber le système endocrinien. L’OMS fait donc une distinction entre les PE avérés pour l’homme et les PE potentiels bien plus nombreux, c’est-à-dire une distinction entre le risque et le danger.

2 Où trouve-t-on concrètement des perturbateurs endocriniens ?

Les études, pour la plupart expérimentales, ont permis d’identifier plus de 800 PE. Si certains sont naturellement présents dans notre environnement et l’alimentation (phytoestrogènes, mycotoxines), la plupart sont des produits utilisés dans l’agriculture (pesticides), les plastiques (bisphénol A), les textiles (retardateurs de flamme), les cosmétiques (conservateurs types - trichlosan et parabène - ou plastifiants - phtalates), les produits d’hygiène (conservateurs), les parfums ou comme additifs alimentaires. A cela, il faut ajouter les métaux lourds (plomb, méthylmercure) et les polluants organiques persistants (dioxines, PCBs, DDT, etc.).

3 Quelles mesures ont déjà été prises pour réduire l’exposition humaine aux PE ?

Les PE parmi les plus dangereux, notamment les polluants organiques persistants, ont été bannis par la convention de Stockholm en 2001. L’exposition humaine à ces substances a considérablement diminué (>90%) tout comme l’exposition aux métaux lourds comme le plomb ou le mercure pour lesquels de nombreux usages ont été interdits.

© IPM

4 Que sait-on du mécanisme d’action des PE ?

Certains PE (le cas bisphénol A) ont une structure qui leur permet de mimer l’action des hormones et donc de se fixer sur les mêmes récepteurs cellulaires. D’autres PE agissent différemment par exemple en interférant avec la synthèse ou la dégradation des hormones ou en en modifiant les récepteurs. Il s’agit de mécanismes très complexes qui peuvent déboucher sur ce que les scientifiques appellent des relations non-monotones, c’est-à-dire des relations dans lesquelles les effets toxiques sont plus importants aux faibles doses qu’aux doses élevées. Un phénomène qui évidemment complique considérablement l’évaluation et la gestion des risques pour l’homme. Une observation récurrente notamment dans le cas des effets cognitifs et neuro-comportementaux, c’est une interaction avec le sexe, les effets étant souvent plus marqués chez les garçons que les filles.

5 Quels sont donc les dangers avérés des PE ?

De nombreuses études épidémiologiques associent les PEs à des troubles ou maladies impliquant un dysfonctionnement du système endocrinien tels que l’obésité, le diabète de type 2, infertilité, désordres de la thyroïde, cancers hormono-dépendants (cancer du sein et de la prostate) et troubles cognitifs ou neuro-comportementaux (hyperactivité, autisme) chez l’enfant. Si le caractère causal de ces associations laisse souvent peu de doute en cas d’expositions pendant la vie fœtale ou la petite enfance, dans certains cas et en particulier chez l’adulte, il s’agit d’associations non-causales par exemple secondaires à des facteurs de risque propres au mode de vie occidental (le cas très probablement des associations avec le diabète de type 2).

6 Certaines personnes sont-elles plus vulnérables ?

Pour les perturbateurs endocriniens, c’est avant tout le moment d’exposition qui est important; lorsque les organes se développent, c’est-à-dire de la vie fœtale à l’adolescence. Perturber la messagerie cellulaire à ce moment-là est évidemment dangereux.