Sciences - Santé

Qu'il s'agisse d'antibiotiques, d'anti-allergiques, d'anti-inflammatoires..., les adolescents belges prennent trop de médicaments, estiment les Mutualités Libres sur base d'une étude communiquée ce mardi. Selon celle-ci, plus d'un jeune (entre 12 et 18 ans) sur deux - soit 56 %- consomme au moins un médicament par an. Sachant que ce chiffre ne recouvre que les médicaments prescrits et remboursés, on peut très bien supposer que le nombre réel d'adolescents sous médication s'avère largement supérieur.


Ces chiffres font des jeunes belges les plus mauvais élèves de la classe européenne.En effet, selon les études statistiques d'Eurostat menées en 2014 dans une trentaine de pays, c'est en Belgique que l'on trouve la plus grande proportion de jeunes consommateurs (15-24 ans) de médicaments sur prescription. Un constat qui est à présent confirmé par cette nouvelle étude des Mutualités Libres (ML), laquelle s'est penchée sur une tranche d'âge plus rarement étudiée, celle des 12-18 ans, en l'occurrence. Et plus précisément sur près de 200 000 jeunes affiliés pour les années 2013 et 2016.

Qu'en ressort-il? Premier constat général : si, pendant la période étudiée, la proportion d’adolescents ayant utilisé au moins un médicament remboursé par l’assurance obligatoire a diminué en passant de 56 % en 2013 à 55,4 % en 2016, en revanche, le nombre moyen de médicaments utilisés par les adolescents et le volume de médicaments a augmenté entre 2013 et 2016, en l'occurrence de 12,4 % en 3 ans ou de 4 % par an.


Trop d'anti-inflammatoires et d'antibiotiques

Quelles sont les classes de médicaments auxquelles ont le plus souvent recours les adolescents?

En tête des médicaments les plus consommés par les jeunes Belge arrivent, sans surprise, les antibiotiques : 30% des adolescents ont pris des antibiotiques en 2016 pendant 23 jours en moyenne. "Ce chiffre considérable vient confirmer que l'usage des antibiotiques résiste à tout dans notre pays, même aux campagnes de sensibilisation", commentent les Mutualités. Ce qu'il convient toutefois de nuancer puisque, s'ils occupent bel et bien la première place, les antibiotiques sont les seuls médicaments qui voient leur nombre et la part des utilisateurs légèrement se réduire entre 2013 et 2016. Au cours de cette période en effet, la part des adolescents sous antibiotiques est passée de 31,4 à 30 % alors que leur utilisation en termes de délivrance et de jours de traitement ne diffère pas de celle de 2013.

Egalement trop abondamment consommés, les antidouleurs de type AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l'ibuprofène) sont également pointés du doigt. Près d'un adolescent sur cinq (19%) s'est vu délivrer au moins un AINS sur prescription en 2016, et en moyenne deux conditionnements pendant 20 jours dans le courant des années 2013 et 2016. Rappelons à ce titre que, indiqués dans certaines douleurs aiguës, ces médicaments sont aussi recommandés dans le traitement des maladies chroniques et inflammatoires comme les rhumatismes. "Ils sont bien connus pour leurs effets secondaires nombreux, fréquents et parfois dangereux, soulignent les auteurs de l'étude. Les jeunes Belges consomment des AINS sur prescription en moyenne 20 jours par an, mais l'usage réel est probablement beaucoup plus important. Banalisées, ces molécules puissantes sont en effet disponibles en vente libre et présentes dans quasi toutes les pharmacies familiales".

Enfin, en troisième position des médicaments les plus utilisés par les jeunes, on trouve le groupe des antiallergiques (utilisés par 9,6% des ados) dans le traitement de l’allergie, l’urticaire, la rhinite allergique ou du rhume des foins, suivis de des antiasthmatiques (7,3%)." L'usage de ces médicaments est plutôt stable, mais reste élevé", font remarquer les Mutualités.

Parmi les autres médicaments régulièrement utilisés dans le courant de l’année, se trouvent : les hypoglycémiants proposés dans le traitement du diabète, les antiépileptiques, les psychostimulants et nootropiques (et plus particulièrement la rilatine utilisée dans le traitement du trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité), les antidépresseurs, les antipsychotiques proposés dans le traitement de la schizophrénie et d’autres maladies psychiatriques...


Prescrit-on trop de pilules à nos enfants ?

A la question: "Prescrit-on trop de pilules à nos enfants ?", les ML reconnaissent qu'"il est difficile de répondre en l'absence d'un diagnostic individuel et d'informations sur le contexte de chaque adolescent", avant d'ajouter "mais on peut s'interroger sur la banalisation du recours aux médicaments. Peu d’études scientifiques se sont penchées sur les habitudes médicamenteuses des jeunes, mais l'analyse des Mutualités Libres confirme la tendance très contemporaine à médicaliser les difficultés de l'existence, particulièrement aiguës pendant l'adolescence (mal-être, faible estime de soi, anxiété…), et la faible tolérance face aux douleurs du quotidien (maux de tête, courbatures…)".

Aussi les ML formulent-elles quelques recommandations:

"Si les douleurs sont répétitives, il vaut mieux éviter de pratiquer l'automédication et consulter un médecin. Un symptôme prolongé ou sévère doit en effet toujours faire l'objet d'un diagnostic par un professionnel. Le pharmacien qui délivre un traitement à un adolescent a aussi la responsabilité d’en expliquer le bon usage et de souligner son éventuelle dangerosité".

Enfin, face aux conséquences des difficultés de l'adolescence (anxiété, stress, maux de tête), "on ne peut qu'encourager à prendre davantage en considération les moyens non-médicamenteux ou les modifications du mode de vie avant de passer au traitement médicamenteux. Exercer une activité physique, lutter contre l'addiction aux écrans ou ne pas fumer pour réduire les problèmes respiratoires. Divers intervenants pourraient être impliqués dans l’éducation à la santé, comme les écoles secondaires ou les mouvements de jeunesse".


Le top 7 des médicaments les plus utilisés par nos adolescents

1. L’antibiotique amoxicilline (traitement des infections bactériennes à germes sensibles). Utilisé par un adolescent sur 5 en 2016.

2. L’ibuprofène (anti-inflammatoire non stéroïdien proposé en cas de fièvre, douleur ou inflammation). Utilisé par un adolescent sur 7.

3. Le mométasone (traitement de la rhinite allergique ou de la sinusite)

4. Le paracétamol (substance active de nombreux antalgiques antipyrétiques)

5. Le propofol (anesthésique général)

6. L’azithromycine (antibiotique pour traiter les infections des voies respiratoires, des tissus mous et des infections génito-urinaires)

7. Le diclofénac (anti-inflammatoire non stéroïdien proposé en cas de douleurs articulaires)

Les autres médicaments sont utilisés par moins de 1 adolescent sur 25.