Sciences - Santé

Le prochain rapport des experts de l'ONU sur le climat (GIEC) n'ébranlera sans doute pas les climato-sceptiques qui dominent le Congrès américain et y entravent tout changement dans la politique américaine pour combattre le réchauffement.

"Le rapport du GIEC --attendu fin septembre-- va aider les observateurs et le public à comprendre la position de la majorité des scientifiques sur le changement climatique et confortera d'autres recherches américaines parues récemment", résume Alden Meyer, responsable de la stratégie à l'Union of Concerned Scientists, un influent groupe de réflexion.

Mais, explique-t-il à l'AFP, même si ce rapport devrait confirmer davantage encore la responsabilité humaine dans le réchauffement de la planète , "je ne pense pas que cela va changer l'opinion des climato-sceptiques" qui contrôlent la Chambre des représentants aux États-Unis.

"Ces élus, pour la plupart des républicains mais aussi des démocrates, pensent que la science n'a pas encore démontré la réalité du changement climatique ou de l'influence humaine dans ce phénomène", explique cet expert.

Cependant, relève-t-il, en privé, nombre d'entre eux reconnaissent que les scientifiques ont probablement raison mais qu'ils ne peuvent pas l'admettre publiquement sous peine de risquer de perdre leur siège lors des législatives de 2014.

"Ils sont plus préoccupés par le fait d'être mis en cause par un membre du mouvement ultra-conservateur +Tea Party+ lors d'une élection primaire que par un opposant démocrate" étant donné que le redécoupage de nombreuses circonscriptions électorales en 2010, souvent orchestrés par des législatures et des gouverneurs conservateurs, assurent l'élection d'un républicain, précise Alden Meyer.

Des sondages ont aussi montré que l'opinion du public sur le réchauffement "est étroitement liée à leurs convictions politiques et à d'autres indicateurs idéologiques", relève Joe Casola, un climatologue du Center for climate and energy solution, une ONG de Washington: ainsi, ceux qui mettent en doute la théorie de l'évolution de Darwin et défendent une vision créationniste du monde sont souvent des climato-sceptiques.

Deux enquêtes, menées au printemps par respectivement le Pew Center et le Public Policy Polling, indiquent que de 50 à 58% des électeurs républicains ne croient même pas que la planète se réchauffe.

Un autre sondage du Pew, un organisme indépendant, indiquait en avril toutefois que 69% des Américains estiment qu'il y a de fortes indications que le climat se réchauffe, une hausse de 12 points depuis 2009. Mais dans le même temps, le nombre des personnes interrogées pensant que le réchauffement est un problème très sérieux a baissé de six points, à 33%.

L'orthodoxie républicaine actuelle anti-science du climat empêche tout changement dans la politique américaine pour combattre le réchauffement, estime Alden Meyer.

Elle est alimentée par de puissants groupes d'influence opposés à des réglementations pour limiter les émissions de CO2, principal gaz à effet de serre, provenant de la combustion du charbon et des hydrocarbures dont les États-Unis sont le deuxième émetteur mondial après la Chine et le premier par habitant.

Selon une récente recherche de Greenpeace, ces "lobbys" ont versé près de 150 millions de dollars à plus de 80 instituts conservateurs américains de 2002 à 2011. Parmi les plus gros donateurs on compte les frères Charles et David Koch, patrons de Koch Industries, ou encore le groupe pétrolier ExxonMobil.

Pour le climatologue Michael Mann, professeur à l'Université de Pennsylvanie, "leur intention est d'intimider les scientifiques". Ainsi "les centaines de millions de dollars dépensés par l'industrie ou des individus comme les frères Koch dans ce but ont en partie réussi", a-t-il dit à l'AFP.

"Je pense que ces pressions combinées à la réticence naturelle des scientifiques à tirer des conclusions trop tranchées font que des rapports comme ceux du GIEC finissent presque inévitablement par avoir des conclusions minimisées" et dans ce cas il s'agit de la responsabilité humaine dans le réchauffement.