Sciences - Santé

Un sportif de haut niveau victime d'une fracture de fatigue est chose relativement courante et d'ailleurs régulièrement relayée dans les médias. Sans pour autant faire la Une, un collègue de bureau qui rapplique un beau matin, atèle au pied justifiée par une fracture de stress, voilà qui pourrait surprendre. Victimes d'un surmenage, davantage intellectuel que d'une sollicitation physique, nos os pourraient-ils être amenés à se rompre?

Hé bien non! Pouvant en effet porter à confusion, le terme `fracture de stress´ ne signifie pas que nos métatarses puissent se briser à force de subir des journées trop stressantes. `Il n'y a aucune relation entre la fracture et le stress ou la fatigue, nous explique ce chirurgien-orthopédiste, il s'agit de fractures spontanées sur une hypersollicitation osseuse entraînant des fractures équivalentes à de vraies fractures. Elles sont en fait appelées fractures de stress par analogie au terme anglo-saxon qui signifie contrainte.´

Spontanées

Ces fractures spontanées sont généralement observées chez les sportifs sur des os normaux exagérément sollicités, soit chez des personnes plus âgées ostéoporotiques sur un traumatisme dit bénin. Le plus classiquement, elles interviennent au niveau du pied, mais elles peuvent également se produire au niveau du tibia, du col fémoral, du bassin´.

Conséquence d'un déséquilibre entre l'effort exercé sur une pièce osseuse et la résistance de celle-ci, les fractures de contrainte comportent donc, d'une part, les fractures de stress ou de fatigue (caractéristiques des sportifs), secondaires à une contrainte mécanique excessive, inhabituelle, répétée sur un os sain et, d'autre part, les fractures par insuffisance osseuse (propres aux patients âgés ostéoporotiques), où les contraintes sont modérées, voire inexistantes, mais où la résistance osseuse est amoindrie.

Surmenage mécanique

Dans le premier cas de figure, s'il n'est pas d'ordre mental, on peut néanmoins parler de surmenage, en l'occurrence mécanique, entraînant une fissure de fatigue sur un os sain n'ayant subi aucun traumatisme. Elle surviendra le plus fréquemment après une activité physique intense ou inhabituelle, comme une marche prolongée, la reprise récente ou l'augmentation de la charge ou du rythme d'un entraînement, suite au port de chaussures usées ou inadaptées, voire la pratique du footing sur des sols durs. Les localisations les plus fréquentes se situent au niveau des métatarses (en général le 2e et le 3e métatarsien) et de la corticale postérieure et moyenne des tibias.

Localisations diverses

Le plus souvent unilatérales, ces fractures affectent, selon le type d'activités, les membres inférieurs (ainsi le gros orteil chez la danseuse) ou les membres supérieurs (ainsi la clavicule pour les sportifs amenés à soulever de lourdes charges, l'humérus chez les adeptes du squash et du culturisme), le cubitus chez les tennismen et les golfeurs...). Au niveau du tronc, les vertèbres et les côtes peuvent également être le siège de fractures de ce type.

Les symptômes, qui peuvent apparaître plusieurs semaines après l'effort inhabituel, se traduisent au début par des douleurs souvent imprécises, parfois à l'origine d'une boiterie entravant la marche. Ne survenant au début que lors de la pratique du sport pour disparaître au repos, elles deviennent ensuite permanentes. L'examen peut révéler une tuméfaction et un oedème pour les lésions superficielles. Le choix d'un équipement adéquat, et tout particulièrement de chaussures adaptées au poids, ainsi qu'un entraînement progressif constituent, pour le sportif, les meilleures mesures préventives.

Quant au traitement, souvent long, on prescrira généralement un repos sportif pendant environ trois mois, une décharge complète pendant six semaines, ainsi que 4 à 6 semaines de reconditionnement à la marche et au sport, par la kinésithérapie.

Pour apaiser les douleurs, des antalgiques et des anti-inflammatoires pourront être prescrits, de même qu'un apport en vitamines D et en calcium. Cyclisme, natation, rameur et musculation sans appui permettront de maintenir une bonne condition physique, tandis que le recours à la chirurgie demeure heureusement exceptionnel.

Par insuffisance osseuse

Résultant d'une charge normale ou physiologique appliquée sur un os dont la résistance élastique est déficiente, les fractures par insuffisance osseuse se rencontrent essentiellement au niveau des membres inférieurs (métatarsiens, tarse, tibia, péronés, fémurs) et du tronc (branches ilio et ischio-pubiennes), sacrum, vertèbres). Dans ce cas de figure, faisant généralement suite à un traumatisme bien que parfois mineur, l'apparition de la douleur est plutôt brutale.

Les facteurs favorisant ce phénomène relèvent d'anomalies métaboliques osseuses (ostéoporose, corticothérapie), d'une fragilité osseuse (radiothérapie), de troubles de la statique. Chez les patients ostéoporotiques, la prévention consiste en l'apport de traitements substitutifs destinés à maintenir leur calcium.

Diagnostic

En cas de suspicion de fractures de contrainte, la scintigraphie osseuse permet un diagnostic précoce, révélant les formes multiples ou latentes de fractures. Alors que la résonance magnétique peut également s'avérer fort précieuse, la plupart du temps, les radiographies ne montrent aucun signe de fractures de fatigue avant la troisième semaine.

© La Libre Belgique 2002