Sciences - Santé

Belgique, terre d’accueil. Le slogan vaut également pour les soins de santé. La qualité des hôpitaux belges, les tarifs qu’ils proposent ainsi que les délais d’attente raccourcis suscitent l’intérêt des patients étrangers. Ce “tourisme médical” n’a rien à voir avec le “face lift tourism” que peuvent proposer certains pays. Les soins que viennent chercher les patients étrangers en Belgique sont pointus, lourds et indispensables : chimiothérapie, opération aux yeux, intervention sur le système neurologique…

Selon les données les plus récentes de l’Observatoire de la mobilité des patients, qui portent sur l’année 2010, plus de 63 000 séjours hospitaliers dans notre pays concernaient cette année-là des patients résidant à l’étranger. Cela représente 1,42 % du total des séjours hospitaliers dans notre pays. Un pourcentage stable d’année en année.

Près de la moitié (47 %) de ces patients résidant à l’étranger étaient de nationalité néerlandaise (voir infographie), ce qui s’explique par la proximité géographique, mais pas seulement. De nombreux hôpitaux belges ont conclu des accords avec les assureurs néerlandais, explique Jan Eyckmans, porte-parole du SPF Santé publique. A la recherche de la meilleure qualité de soins, nécessitant le moins de soins postopératoires et entraînant le moins de complications, le tout à des tarifs attractifs, ces assureurs ont jeté leur dévolu sur des hôpitaux belges, dans lesquels ils obligent leurs assurés à aller se faire soigner. “Même s’ils habitent dans le nord des Pays-Bas” , ajoute M. Eyckmans.


Une capacité d’accueil suffisante

Les Français constituent l’autre gros bataillon de patients étrangers, derrière cependant celui des Belges domiciliés à l’étranger. “Les Français, comme nos autres voisins, trouvent chez nous un réseau très dense d’institutions de soins. En Belgique, les hôpitaux, même universitaires, ne sont jamais très loin.”

On pourrait penser que cet afflux d’étrangers dans les hôpitaux belges contribue à les engorger et à créer ou allonger les listes d’attente. C’est d’ailleurs une des raisons qui a poussé à la création de l’Observatoire de la mobilité des patients. Mais M. Eyckmans tient à relativiser la menace : “Cela ne représente qu’1 à 2 % du total des séjours, selon les années. Par ailleurs, le taux moyen d’occupation des lits dans les hôpitaux belges est de 80 à 85 %. Il y a donc de la marge pour accueillir ces patients résidant à l’étranger”.

Les équipes hospitalières leur ouvrent d’ailleurs grand leurs portes. D’une part, cela leur permet d’entretenir leurs compétences en pratiquant plus régulièrement des interventions pointues. D’autre part, ces patients supplémentaires constituent une précieuse source de financement complémentaire des hôpitaux, qui permet de rentabiliser les investissements lourds dans les appareils et la formation du personnel.

Une poule aux œufs d’or

C’est d’autant plus vrai que le prix payé par un patient étranger ne sera pas toujours identique à celui payé par un résident belge. S’il existe des accords européens précisant qu’un ressortissant d’un pays membre de l’Union doit bénéficier des mêmes tarifs que les patients résidant en Belgique, ce n’est pas le cas pour les non-Européens, explique-t-on à l’Inami (Institut national d’assurance maladie-invalidité). “Un médecin non conventionné pourra dès lors exiger les honoraires qu’il veut. Ce n’est peut-être pas correct, mais c’est comme ça.”

Les hôpitaux belges verraient dès lors d’un bon œil une croissance de ce marché des soins aux résidents étrangers. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à investir dans des campagnes publicitaires internationales vantant les traitements qu’ils proposent. Cette démarche se fait notamment vis-à-vis de riches habitants de l’Arabie saoudite. Les cliniques de l’Europe à Bruxelles, rappelait récemment “De Tijd”, ont parié sur cette niche et proposent depuis peu des chambres VIP à 300 euros la nuit, avec service hôtelier haut de gamme. Des chambres essentiellement occupées par de riches saoudiens.