Sciences - Santé

Alors que l'épidémie de grippe sévit de plus belle en Belgique, le plus grand syndicat de médecins, l’ABSyM, se joint à l’union professionnelle des médecins urgentistes, le BeCEP, pour s’adresser aujourd’hui d’une seule voix à tous les médecins généralistes et les médecins hospitaliers afin qu’ils luttent ensemble contre l’épidémie de grippe.

© IPM

"Actuellement, les hôpitaux sont confrontés à une très forte occupation; ils sont surchargés, ont-ils fait savoir par voie de communiqué. L’épidémie de grippe persistante et en constante augmentation contraint les hôpitaux à pratiquer une politique de prise en charge restrictive. Si nous souhaitons garantir dans les prochains jours également que les patients les plus sévèrement touchés par le virus puissent être directement pris en charge en chambre hospitalière ou dans un service de soins intensifs, les médecins hospitaliers doivent accorder un soin particulier à l’indication de prise en charge".

C’est la raison pour laquelle les deux organisations recommandent aux médecins généralistes et aux médecins urgentistes, chacun dans sa discipline, de "veiller à ce que chaque patient reçoive les meilleurs soins au bon endroit".

Pas de complications? Traités à la maison

En pratique, cela signifie que les patients sans complications doivent être traités de préférence chez eux. " Pour ce faire, il est important que l’entourage du patient, que ce soit sa famille ou encore ses connaissances et amis, soit mis en branle, souligne le communiqué. Les médecins généralistes sont bien placés pour activer, dans le cadre de la situation domiciliaire de chaque patient, le réseau social de ce dernier. Quant aux médecins urgentistes, ils adopteront la même approche pour les patients qui se présentent spontanément au service des urgences.

"Il incombe aux médecins généralistes de procéder au tri des patients à domicile, poursuivent-ils. Si les circonstances cliniques (complications, comorbidité) le requièrent, ils orientent leurs patients vers un hôpital où ceux-ci seront naturellement pris en charge".

C’est la raison pour laquelle les établissements hospitaliers prennent déjà aujourd’hui des mesures pour maximaliser leur capacité de prise en charge et contrer autant que possible l’étendue de l’épidémie de grippe au sein de leur institution.

3 Questions au Dr Jacques de Toeuf, vice-président de l'Absym

Comment se présente la situation à l'heure actuelle?

Comme chaque année dès que l'on approche le pic épidémique de la grippe, certains patients sont hospitalisés soit parce qu'ils se rendent spontanément à la garde car ils ne se sentent pas bien, soit, et le plus souvent, après avoir vu leur médecin généraliste. Lequel - vu la température élevée, la prostration, l'état d'abattement et même s'il n'y a pas de signe pulmonaire évident -, décide de les hospitaliser par prudence. Depuis deux jours, beaucoup de lits dans les hôpitaux sont occupés par ce type de patients que l'on surveille, en plus de ceux qui sont là parce qu'ils ont fait des complications pulmonaires, respiratoires, neurologiques… Nous nous trouvons à l'heure actuelle dans une situation où l'on craint un débordement, voire des lits excessivement remplis par des patients grippés, alors qu'il faut garder des places disponibles pour d'autres patients, comme des accidents de la route, entre autres.

Quelle est votre demande? Votre message?

Face à cette situation, nous demandons que les médecins généralistes fassent, un peu plus qu'ils ne le font déjà, le tri des patients. Pour les patients qui ne sont certes pas bien, mais dont l'état ne présente pas de menace sanitaire lourde et évidente ou de complication avérée, nous demandons de ne pas les hospitaliser par prudence ou pour qu'ils soient surveillés en hôpital, mais plutôt faire en sorte qu'ils soient pris en charge à domicile par leur médecin généraliste ou un confrère de garde. Il faut en effet éviter de bloquer tous les lits d'hôpitaux avec ce type de patients. Car cette frange de malades peut faire en sorte que quelques lits restent libres dans les hôpitaux et que l'on ne doive pas, ce qu'il nous arrive de faire, reporter des hospitalisations prévues, médicales ou chirurgicales, faute de place. Nous demandons donc, aux généralistes avant qu'ils ne prennent la décision d'hospitaliser un patient pour la grippe qu'ils contactent les services d'urgence des hôpitaux pour voir quelle est la situation au niveau les lits encore disponibles. Ou alors envisager, avec l'aide des services des hôpitaux, un suivi à domicile. Il s'agit d'accentuer les collaborations entre urgentistes des hôpitaux, services de garde hospitalier et médecins de garde généralistes.

Et pour les cas de patients grippés avec complications?

Bien entendu, il y a un certain nombre de malades grippaux qui se retrouvent chaque année hospitalisés, parfois aux soins intensifs parce qu'ils ont fait des complications pulmonaires ou autres. Ceux-là, évidemment, ne doivent pas rester à domicile. Leur place est à l'hôpital.