Sciences - Santé Les robots sont capables, collectivement, d’organiser un ordre des tâches à accomplir. C’est en tout cas ce que démontre “ Autonomous task sequencing in a robot swarm”, une étude publiée ce mercredi 18 juillet dans la revue scientifique “ Science Robotics”. Ce projet de longue date a été réalisé conjointement par Mauro Birattiri et Lorenzo Garattoni, chercheurs au laboratoire IRIDIA de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et vient ajouter une nouvelle pierre aux recherches sur l’intelligence artificielle.

Le but de cette étude est de démontrer l’évolution de l’autonomie des robots mais aussi de mettre en perspective, dans un avenir proche, leur capacité à trouver des solutions et à accomplir des tâches utiles, sans intervention humaine.

Actuellement, les robots peuvent déjà communiquer entre eux pour réaliser des actions simples, comme par exemple déplacer un objet. Cependant, nos deux chercheurs ont voulu savoir s’ils étaient capables de remédier à des situations, sans qu’ils n’aient besoin d’ingénieurs pour les guider.

© Mauro Birrattari

Une dynamique de groupe

Pour mener à bien cette étude, les deux scientifiques se sont basés sur "la swarm robotic" (la robotique en essaim), une discipline qui s’inspire des comportements collectifs et organisés des insectes sociaux (comme les fourmis) pour créer des groupes de robots dotés d’intelligence artificielle.

Ils ont ainsi créé un “essaim” d’automates capables de réaliser une suite de trois actions mais cette fois sans connaître l’ordre d’exécution au préalable. Concrètement, les robots, placés dans un espace, devaient réaliser des tâches simples à trois endroits. Toutefois, ils ne savaient pas à l’avance dans quel endroit ils devaient se déplacer en premier. Afin de résoudre le problème, une partie de ces robots a progressivement formé une “chaîne” entre les trois points. Leurs “congénères” ont alors suivi les instructions de cette chaîne pour tester les combinaisons possibles. Et ce jusqu’à ce qu’ils trouvent ensemble la bonne séquence de tâches.

Pour Mauro Birattari, cette expérience démontre bien que des robot peuvent, collectivement, séquencer des actions dont l’ordre d’exécution est à priori inconnu. Ils manifestent ainsi une habileté cognitive complexe, ce qui constitue un progrès important dans l’étude de la robotique. Surtout, les scientifiques insistent spécifiquement sur le fait que cette capacité émerge grâce aux interactions entre individus du même groupe. “Quelque chose émerge au sein du groupe. Ensemble, ils arrivent à développer une capacité qu’un individu seul ne possède pas. Leur interaction développe ce qui ressemble à un début de réflexion. On pourrait presque parler d’une nouvelle forme d’intelligence, ce qui nous obligerait presque nous, humains, à revoir nos définitions de ce concept”, nous explique avec enthousiasme Mr Birattari, qui parle également d’un renouveau philosophique .


Des perspectives pour le monde de demain

Quel pourrait être alors l’impact sur une société humaine? Les chercheurs pointent en tout cas une évolution certaine du degré d’autonomie des robots. Une autonomie qui ne cessera de croître et qui peut ainsi laisser envisager des perspectives futures à long terme, notamment un rôle accrû des automates parmi les humains. Dans un futur lointain, des robots pourront peut-être mettre à profit leurs capacités de groupe et leur autonomie pour résoudre des situations dramatiques face auxquelles nous serions impuissants. Par exemple, limiter les dégâts matériels et surtout les pertes humaines lors d’incidents de masses, voire de catastrophes. L’idéal serait dans ce cas d’avoir une confiance suffisante dans ces robots pour les laisser interagir en groupe sur place et ainsi trouver des solutions par eux-mêmes.