Sciences - Santé

Ce mardi s’annonce comme “un moment important” dans l’âpre combat que mènent les associations des victimes du Valproate, cette molécule notamment commercialisée depuis 1967 par le laboratoire pharmaceutique Sanofi sous le nom de Dépakine. Prescrits à des milliers de femmes pendant leur grossesse, cet anti-épileptique a engendré chez 30 à 40 % de ces enfants, des atteintes neurologiques (troubles autistiques, retard psychomoteur, troubles du langage, syndrome Asperger, TDAH, troubles dys, du comportement, hypotonie) et chez 10 % des malformations congénitales (Spina Bifida, problèmes cardiaques, fente palatine, anomalies des doigts, pied/main bot, troubles visuels, hyperlaxité…).

Ce mardi, en effet, se tiendra à l’Agence européenne du médicament (EMA), à Londres, la première séance publique sur le Valproate, en présence des représentants de la firme pharmaceutique Sanofi et des différentes associations de victimes.

Un rendez-vous auquel ne manquera pas de s’exprimer Nathalie Raemdonck, maman de Robin, atteint du syndrome, et présidente de l’association belge. “Je passerai en cinquième position, derrière notamment les associations française et anglaise, nous dit-elle, pour défendre les victimes en Belgique et développer l’état de la situation depuis la précédente réunion qui, en 2014, avait réévalué le rapport bénéfice/risque”.

Quoi de neuf en Belgique? Pas grand-chose!

Suite à cette séance, des recommandations ont été émises par l'EMA. La réunion de ce mardi visera à dresser un constat sur la mise en place de ces recommandations dans chaque pays. Dont la Belgique.

Je comprends le chagrin et la colère des parents qui s’interrogent quant à l’utilisation de médicaments contenant du Valproate pendant la grossesse. Ma priorité est d’éviter à présent que ce genre de tristes situations ne puisse se répéter”, déclarait le 28 février dernier la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Maggie De Block. Quoi de neuf chez nous depuis cette déclaration ? Pas grand-chose.

Toujours pas de recensement des victimes, déplore Nathalie Raemdonck. On ne veut pas faire de registre. Les médecins ne sont pas tenus de déclarer les victimes. Alors que promise par la ministre, aucune campagne d’information et de sensibilisation n’a été menée à ce jour. Aucun matériel éducationnel, qui fait suite aux recommandations européennes, n’est distribué aux patients.

Au niveau des prescriptions, malgré une très légère diminution en 2015, selon les chiffres de l'Agence du médicament, le Valproate a encore été prescrit en Belgique à près de 13 000 femmes âgées de 19 à 49 ans et plus de 1125 femmes âgées de 13 à 18 ans. Soit toutes des femmes en âge de procréer. En outre, nous sommes en grand questionnement par rapport aux molécules que l'on donne aux enfants et aux papas. On constate en effet que de plus en plus de pères qui ont pris cette molécule ont des enfants qui développent le profil Valproate avec des signes au niveau du faciès et des troubles neurologiques et du comportement, qui sont repris dans le tableau clinique. Une de nos demandes consiste dans une centralisation des recherches en ce qui concerne l’impact du Valproate sur la descendance des hommes qui en prennent ainsi que sur les petits enfants qui en prennent. La littérature scientifique doit être prise en compte. Pour que l’on ne découvre pas demain qu’en fait cette molécule est aussi terriblement néfaste pour eux.”

Une victoire, le pictogramme

Seule raison de se réjouir à ce jour, l’apparition sur certaines (Dépakine 300) boîtes de médicaments à base de Valproate du pictogramme avertissant du danger pour la femme enceinte. Après le rejet, en mars dernier, de la proposition de loi de Catherine Fonck sur l’apposition d’un pictogramme sur les boîtes de médicaments tératogènes (qui modifient l’expression des gènes), voilà que, à quelques jours de la réunion de l’EMA, est justement apparu il y a deux semaines le pictogramme sur les conditionnements de Dépakine chrono 300 mg. Reste tous les autres (Dépakine 500 mg) et les génériques, pour lesquels aucun laboratoire n'a introduit de demande à ce jour. "Ce qui est évidemment un non-sens, fait remarquer la maman de Robin, puisqu'il s'agit de la même molécule. C'est pourquoi, à l'échelle européenne, nous réclamons une harmonie des directives pour apposer un pictogramme sur tous les médicaments tératogènes. Et donc pour ceux contenant du Valproate, qu'ils soient prescrits aux épileptiques, aux migraineux, aux bipolaires...".

L’association belge ne reçoit aucun écho de la ministre de Block qui juge toujours qu’il n’est pas opportun de nous rencontrer”, regrette encore Nathalie Raemdonck, qui compte bien se faire entendre ce mardi, à Londres, dans le cadre de la séance publique de l'Agence européenne du médicament.