Sciences - Santé

Révolu, et depuis belle lurette, le temps où l’on conseillait aux patients souffrant de lombalgies, de “garder le lit” et rester immobile. Depuis des années, le corps médical recommande au contraire de rester physiquement actif et poursuivre ses activités ordinaires dans les limites du possible, voire effectuer soi-même des exercices.

C’est notamment ce que rappelle le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), qui publie ce vendredi un guide de pratique clinique sur la prise en charge du mal de dos, qu’il soit lumbago aigu ou lombalgie chronique. Pour mettre à jour les 37 recommandations rassemblées dans cette publication, il a été fait appel à 31 experts représentant les principales professions de santé concernées et auxquelles s’adresse ce guide : médecins généralistes, kinésithérapeutes, spécialistes en médecine physique et réadaptation, ostéopathes et chiropracteurs, anesthésistes et spécialistes de la douleur, chirurgiens orthopédistes, neurochirurgiens, psychologues, etc.

Ne pas s’inquiéter, bouger et éviter de médicaliser

Sans entrer dans les détails, que retenir des bonnes pratiques cliniques prônées par les experts mandatés par le KCE?

Première chose, ne pas oublier que, “la douleur lombaire est en général sans gravité et son évolution est spontanément bonne dans la très grande majorité des cas”. De ce fait, il faut éviter de “médicaliser” trop vite et à tous crins, se montrer patient, bouger après un lumbago et se soigner soi-même “moyennant un peu d’encadrement et quelques encouragements”. S’agissant des hernies discales, la grande majorité se résorbe spontanément en quelques mois.

Pour ce qui concerne l’imagerie médicale (radiographie, scanner ou IRM), la position des experts est claire ici aussi : ces examens sont le plus souvent inutiles, non dénués de risques et de surcroît coûteux. En plus, “il n’y a aucune preuve que les observations qui seront faites auront un lien de cause à effet avec la douleur du moment”, souligne le KCE.

Drapeau rouge et prudence de mise dans certains cas

Cela dit, si le problème est dû à une fracture, une tumeur ou une maladie inflammatoire, “drapeau rouge”: en présence de certains symptômes, dont il faut toujours vérifier l’absence, les praticiens sauront prendre les mesures adéquates.

Une attention toute particulière sera aussi portée aux risques de chronicité alors que la compréhension de la nature “bio-psycho-sociale” de cette affection, qui semble augmenter parallèlement au stress de la vie actuelle, a fort évolué. Eviter de sombrer dans la spirale infernale est primordial. Les professionnels de la santé devront donc évaluer le risque de chronicité pour le patient, afin de mettre en place une prise en charge adaptée en fonction du profil (séances de kinésithérapie, techniques manuelles, soutien psychologique, voire support ergonomique, éducatif ou social, en cas de risque très élevé de chronicité).

Pour la prescription d’anti-douleurs, la consigne est : seulement si c’est nécessaire et toujours pour la plus courte période possible. Les anti-inflammatoires (non stéroïdiens) sont une option, éventuellement les morphiniques légers avec ou sans paracétamol.

Les interventions qui ne sont pas recommandées

Quant aux techniques invasives, elles sont à envisager dans des conditions clairement définies : les injections épidurales (s’il y a des douleurs radiculaires) et la dénervation par radiofréquence (si la douleur lombaire est chronique). La chirurgie doit être réservée à des cas extrêmement sélectionnés.Quoiqu'il en soit, insistent encore les experts, " la décision d’opérer doit toujours être prise en consultation pluridisciplinaire, où différents spécialistes (et pas seulement des chirurgiens) examinent la situation ensemble et discutent du meilleur traitement à proposer au patient".

Le guide précise également une série d’interventions qui ne sont pas recommandées, soit parce que leur manque d’efficacité est prouvé (p.ex. corsets, prothèses discales, …), soit parce qu’il n’existe pas de preuves de leur efficacité (p.ex. matelas d’andullation).

Rappelons enfin qu'un Belge sur cinq a eu mal au dos au cours des douze derniers mois...