Sciences - Santé

Trop souvent complexées par leur corps, pour des raisons diverses, certaines femmes n’aiment pas se montrer. Photographe thérapeutique, Anne-Michèle Fortmann fait ressortir la beauté, la féminité, la force que chacune a en elle.

Elles s’appellent Catherine, Coraline, Noémie, Patience… Elles ont 29, 35, 47 ans ou plus. Elles sont frondeuses, intelligentes, pétillantes, mère de famille, artiste… Elles ont vécu un viol, un inceste, ou subi l’ablation d’un sein, à la suite d’un cancer. Ou alors, elles ont tout simplement vieilli ou pris quelques kilos qu’elles jugent de trop. Elles ont, de ce fait, perdu confiance en elles, se sentent mal dans leur peau, complexées, n’osent plus se montrer nues, ne se croient plus désirables…

Alors qu’elles sont, toutes, belles au naturel pour Anne-Michèle Fortmann, photographe thérapeutique, qui, à travers son objectif et avec ses photos, arrive à "les faire avancer, dans le deuil, dans la démarche ou dans l’acceptation pour les faire passer à autre chose".

Après avoir été confrontée à une relation difficile, cette flamboyante rousse, franco-canadienne, aujourd’hui âgée de 47 ans, décide d’entreprendre une thérapie pour dépasser les séquelles laissées par cette relation dommageable. "En voyant les bienfaits de la thérapie sur moi-même, et vu la grande empathie que j’ai pour les femmes et les difficultés qu’elles ont dans leur vie, j’ai décidé d’entreprendre une formation de thérapeute psycho-corporel", nous a-t-elle confié. Actuellement en troisième et dernière année de cette formation, Anne-Michèle Fortmann a choisi pour sujet de mémoire la thérapie photographique.

Les femmes se découvrent, avancent, sont émues…

"J’ai toujours photographié. J’ai eu mon premier appareil photo quand j’avais six ans, un petit Kodak. Je pense avoir hérité du bon œil de mon père qui faisait également de la photo. Jusqu’ici, j’avais toujours gardé mes photos pour moi. Jusqu’à ce que, l’an dernier, des amis m’ont incitée à les partager. En combinant ma formation de thérapeute, ma grande empathie pour les femmes et la photographie, je me suis inventé un amalgame.

J’ai commencé avec des amies, pensant que cela pouvait leur apporter quelque chose. Et je me suis vite rendu compte que cela marchait. Les femmes se découvrent, avancent, sont émues… Je vois que cela a vraiment un impact sur elles, sur leur vie. Et c’est ce qui me pousse à aller de l’avant avec ce projet."

Mais il ne suffit pas d’appuyer sur le bouton et de prendre des clichés. "Au préalable, il faut avoir établi un lien de confiance avec la personne, souligne la thérapeute photographique, pour qu’elle puisse s’ouvrir pendant la session de photos. Je rencontre donc chaque femme avant la séance pour qu’elle me parle d’elle, me raconte ses problématiques, son vécu, comment elle se sent par rapport à son corps, si elle a eu des traumatismes…"

Se dénuder physiquement mais aussi psychologiquement

Et ensuite ? "Nous parlons de la session photo : ce qu’elle aimerait qu’il en ressorte; ce que cela pourrait lui apporter… Après un petit travail de réflexion, la femme doit se préparer psychologiquement à la session photo, qui reste quand même un acte volontaire où l’on se dénude, parfois physiquement mais aussi surtout psychologiquement. Etre devant l’objectif est un défi. Nous allons du plus habillé au plus nu, si la femme le désire."

Anne-Michèle Fortmann demande aussi d’apporter pour le shooting des choses qui font que la femme se sent bien dans sa peau. Cela peut être un jeans troué, un vieux T-shirt, un drap, un objet symbolique… "Le but n’est pas de venir avec ses plus beaux vêtements mais avec quelque chose qui fait qu’elle se sent bien. J’essaie d’aligner la femme qui est devant moi avec sa force, de rentrer en contact avec son essence. C’est quoi, sa beauté à elle ? Je crois profondément que chaque femme est belle. Chaque femme a quelque chose de beau à montrer."

Lorsqu’elles découvrent les photos, "certaines femmes sont émues, jusqu’aux larmes… Parce qu’elles voient en elles des choses qu’elles n’avaient pas vues. Souvent, c’est la force qu’elles voient. Certaines ont découvert leur féminité à travers les photos, alors qu’elles ne la percevaient pas avant. Quoi qu’il en soit, chacune apprend quelque chose de ce qu’elle voit. L’une a vu à quel point elle a parfois un air triste. Elle relie ces nuages de tristesse sur son visage au fait que son grand-père a abusé d’elle sexuellement. Elle souhaite que l’on se revoie une fois par an pour refaire des séances et voir l’évolution par la photo."

Aider les femmes de diverses façons pour les révéler à elles-mêmes dans plus de force, plus de puissance, plus de beauté, plus de féminité… reste le but ultime d’Anne-Michèle Fortmann : "Les révéler dans ce dont elles ont besoin, chacune en particulier. Pour s’accepter elle-même, ou accepter ce qui s’est passé dans sa vie et aller de l’avant."


© IPM
Une rencontre dans la rue

“J’ai rencontré Coraline dans la rue. Je me suis dit qu’elle était très belle et qu’elle irradiait quelque chose de spécial. J’étais aussi persuadée qu’elle ne s’en rendait pas compte. Je lui ai parlé de mon projet de photos, ‘Toutes les femmes sont belles’. Je lui ai expliqué qu’il s’agissait de montrer que les femmes sont belles au naturel. Elle a tout de suite accepté de se faire photographier. J’étais ravie !”

© Anne-Michele Fortmann
Force, féminité, fierté

“J’aime pouvoir lire sur le visage d’une femme sa fierté. La voir en contact avec sa force intérieure, en même temps qu’être bien ancrée dans sa féminité. Mon travail consiste à faire ressortir en chacune d’elles leur beauté et de les révéler à elles-mêmes, belles au naturel.”

© Anne-Michele Fortmann
© Anne-Michele Fortmann
Catherine gaspard, 47 ans, a subi l’ablation d’un sein

“Comment expliquer la dualité entre le féminin et le masculin qui fait de nous un être équilibré ? Comment expliquer ce que ressent une femme entière qui se voit mutilée suite à une maladie grave ? Comment départager ce que l’on croit, de ce qui est, de ce que l’on veut et de ce qui est possible ? J’ai le choix de vivre dans l’amour ou dans la peur. La vie est là maintenant. Mon chemin est empli de cailloux qui m’ont abîmée et sculptée comme un tailleur de pierre sculpte un diamant brut. Je suis ce diamant taillé aujourd’hui, avec des parties encore rugueuses que j’expose sans peur et qui me rendent plus lumineuse et en paix. Aujourd’hui, je vais à la rencontre de Catherine, 47 ans, qui ne sera plus jamais comme hier et qui décide de s’accepter comme son expérience l’a sculptée. Le pull est ma couverture réconfortante, pleine de douceur et d’intimité. Il n’est pas là pour cacher mon enveloppe, mais bien pour rassurer mon âme qui a encore besoin de ce moelleux pour avancer… Il laisse passer de temps à autre un membre, ou l’autre, pour s’assurer que tout va bien et qu’il peut se préparer à se dévoiler complètement. Cette photo est magique et me représente plus que toutes les autres; une sauvage à apprivoiser, car l’amour est une histoire de salut intérieur. Pas de corps absolu…”

© Anne-Michele Fortmann
Noémie Saillau, 29 ans, ancienne artiste de cirque

“J’ai fait ce projet pour ma mère, pour lui montrer la beauté et la grâce qu’elle m’a donnée, car je tiens cela d’elle qui était danseuse. Pour lui dire sans mot comme je suis épanouie et bien avec moi-même. Je le faisais aussi pour moi, pour l’expérience d’une session de photos en studio. En voyant les photos, j’ai eu une augmentation de confiance en moi. Je n’en manquais pas, loin de là, mais ça s’est affirmé grâce à cette belle expérience. Je me sens star d’un jour, comme quand j’étais sur les devants de la scène au cirque. J’aime toutes les photos, sur papier c’est ‘wahou !’. Je n’ai pas de mot, je suis bouche bée. I love it !”

© Anne-Michele Fortmann


Bio express d'Anne-Michèle Fortmann

Age. 47 ans, née à Strasbourg.

Situation familiale. Mariée, mère de deux enfants.

Parcours. A vécu presque toute sa vie à Montréal. Après Hambourg et Vienne, elle est installée depuis une dizaine d’années en Belgique.

Formation et profession. Bac en langues : italien, russe, allemand. Etudes de journalisme. Après une activité de journaliste dans les domaines de l’environnement, de l’éducation et de la condition de la femme, elle est actuellement en troisième et dernière année de formation de thérapeute psycho-corporel. Elle a choisi pour sujet de mémoire la thérapie photographique.


L'exposition

Où : l’exposition "Toutes les femmes sont belles" se tiendra à l’hôtel Thon, place Stéphanie. 93, avenue Louise, 1050 Bruxelles.

Quand : du 30 septembre (18 à 22 h) au 2 octobre (10 à 18 h) 2016.

Plus d’infos : Anne-Michèle Fortmann 0495.575.563 ou amifortmann@yahoo.com Page Facebook : "Exposition de photos - Toutes les femmes sont belles".


Emotions : En noir et blanc

Une session de photos dure quatre heures, ce qui représente environ 500 photos, en général sur fond blanc et prises en noir et blanc. Pourquoi ? "Parce qu’il y a souvent beaucoup plus d’émotions qui ressortent et l’œil n’est pas distrait par les couleurs , précise la photographe. Le noir et blanc permet en effet de ne garder que l’essentiel."

Le prix pour ce travail est de 45 € par heure de thérapie, 20 € de l’heure pour les heures en studio et le travail sur les photos. En outre, il faut compter 125 € pour la location du studio. Cela revient donc en général à deux heures de thérapie (90 €), cinq heures de travail en plus (100 €) et le studio (125 €). Soit un total de 315 € euros. S’il doit y avoir un suivi, il faut compter 45 € de l’heure pour chaque séance.

Contrairement à la photothérapie , qui vise à faire réagir les gens à des photos diverses qui leur sont présentées et à analyser les réactions, la thérapie photographique consiste à faire des photos d’une personne et à s’en servir ensuite pour faire ressortir ses forces, sa beauté…


Un acte de courage : Oser exposer son corps

Après la séance, "je regarde toutes les photos, seule d’abord , explique Anne-Michèle Fortmann. Je fais un premier tri, mais certaines femmes veulent voir toutes les photos. Elles peuvent les prendre toutes ou en choisir certaines. Décider si elles veulent être exposées ou pas, pour une photo précise dans un cadre bien défini. Elles doivent avoir le plein pouvoir sur leurs photos; cela leur permet de s’ouvrir. Après, si une femme ne veut pas montrer la moindre photo, elle n’en montre pas une seule. Si elle souhaite en montrer certaines, par exemple dans l’une de mes expositions, et que cela ferait partie de son processus, cela peut se faire aussi. Exposer son corps comme une œuvre d’art est une étape supplémentaire. J’amène également par cela les femmes à se voir belles au-delà d’une photo prise qui termine dans un tiroir. C’est un acte de courage."

Expo. L’exposition "Toutes les femmes sont belles" se tiendra du vendredi 30 septembre au dimanche 2 octobre, à l’hôtel Thon, place Stéphanie. 93, avenue Louise, 1050 Bruxelles.


Complexes : Accepter de vieillir

Stéréotypes. Cela peut être des femmes qui ont des vergetures, des grosses cuisses, des femmes choquées de l’état de leur corps après une grossesse, des femmes qui ne veulent pas se voir vieillir… "A cause des stéréotypes véhiculés dans les médias, à cause des tendances de notre société, beaucoup de femmes sont complexées par leur corps, à petite ou grande échelle , observe la photographe thérapeutique. Rien que le vieillissement est un problème : accepter que le corps vieillisse. Notre société n’est malheureusement pas axée sur l’amour du corps qui vieillit. […] J’ai rencontré des femmes qui prennent leur douche dans le noir, de belles femmes qui, juste parce qu’elles sont un peu rondes, n’ont jamais eu de copain. Elles refusent de se montrer nues à un homme, parce qu’elles ont peur de ne pas être à la hauteur, peur d’être jugées. Or, moi, pour les avoir vues nues, je peux vous assurer qu’il y a plein d’hommes qui les trouveraient belles comme elles sont. Pas avec des seins plus petits, pas avec une taille plus fine, pas avec moins de ventre… Non, elles peuvent être magnifiques, comme elles sont."

© Anne-Michele Fortmann