No meat today

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

Sciences - Santé

Fermons les yeux un instant et imaginons un bon gros steak bien juteux, entouré d’une couronne de frites croustillantes. Voilà qui fait saliver, non ?

Bien. Passé cet instant de méditation gastronomique, retombons les pieds sur le plancher des vaches. On l’oublie trop souvent, mais notre régime alimentaire a une influence sérieuse sur la dégradation de l’environnement. Et alors que la démographie mondiale connaît une croissance continue qui s’accompagne d’une augmentation sensible de la consommation de viande et de produits laitiers dans les pays émergents et en développement, les impacts environnementaux des filières d’élevage sont de plus en plus régulièrement pointés du doigt.

D’après la FAO, la production mondiale de viande devrait passer d’environ 230 millions de tonnes pour la période 1999 - 2001 à 465 millions de tonnes en 2050. Dans le même temps, le volume de lait passerait pour sa part de 580 à 1 043 millions de tonnes.

Dans un rapport publié fin 2006, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture soulignait ainsi l’urgence de prendre en compte les coûts écologiques de l’élevage qui serait, selon elle, à la source de nombreux maux. Sa responsabilité non négligeable dans les émissions de gaz à effet de serre (lire encadré) est notamment mise en évidence par la FAO, tout comme les émissions d’ammoniac qui jouent un rôle important dans les pluies acides. Autre élément clé : la déforestation qui découle de la nécessité de disposer de toujours plus d’espaces de pâturage pour le bétail. Ces zones occupent aujourd’hui plus du quart de la surface de la planète, alors que dans le même temps la production de fourrage pour nourrir ces animaux mobilise quant à elle un tiers des terres arables. En Amérique latine, indique ce rapport, quelque 70 pc des anciennes forêts amazoniennes ont été converties en pâturages. Ce qui au passage met en danger la biodiversité dans la mesure où cette expansion s’opère au détriment d’habitats naturels de la faune sauvage. Qui plus est, le compactage et l’érosion des sols liés au surpâturage contribuent à une dégradation accélérée des terres, en particulier dans les zones arides.

Le secteur de l’élevage a également un impact notable sur les ressources en eau; celle consommée pour abreuver les animaux bien sûr, mais surtout celle destinée à l’irrigation des cultures fourragères. Les déjections animales, les antibiotiques et les hormones utilisés dans les élevages intensifs, les engrais et les pesticides complètent le tableau en raison de leur caractère très polluants pour les masses d’eau douce.

Un régime moins carné

Mais ce sombre panorama ne doit pas occulter le rôle socio-économique très important qu’occupe l’élevage dans les pays en développement. Il apporte une précieuse source de protéines et de lipides aux populations pauvres et représente parfois leur seul moyen de subsistance.

Dans de nombreux pays (européens notamment), les émissions de gaz à effet de serre du secteur sont également compensées par les quantités importantes de carbone qui sont stockées par les prairies et certains modes d’élevage contribuent également à la préservation de la biodiversité et à la valorisation des paysages.

Reste que le bilan environnemental est globalement négatif. Pour inverser cette tendance, il est donc indispensable d’agir sur l’ensemble de la chaîne de production. Ce qui passe par une diminution et une amélioration de l’efficacité de l’irrigation, une maîtrise des émissions de méthane en utilisant notamment le fumier pour la production de biogaz ou encore un changement des pratiques agropastorales (en combinant par exemple les pâturages avec la plantation d’arbres fourragers) et la création de zones protégées, etc.

Mais tout cela ne dispensera pas les citoyens de revoir leur régime alimentaire. Pour lutter contre le réchauffement climatique, une récente étude présentée par l’université anglaise du Surrey préconise ainsi que la consommation moyenne de l’Humanité passe de 730 g de viande et 1,5 litre de lait par semaine et par personne à 500 g de viande et 1 litre de lait en 2050.

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