Obésité : ne pas démarrer seul

Laurence Dardenne Publié le - Mis à jour le

Sciences - Santé

Une pyramide, non pas alimentaire, mais une pyramide de personnes pour montrer qu’on n’est pas seul dans la lutte contre l’obésité : voilà comment l’Association belge de patients obèses, Bold, a choisi d’illustrer la 2e Journée nationale contre l’obésité, ce samedi 16 mai. Le thème de cette année : Ne démarrez pas seul.

"Il est inutile et parfois dangereux de tester à l’aveuglette toutes les nouvelles méthodes et les régimes qui, à terme, font généralement plus prendre du poids qu’ils n’en font perdre", insistait mardi le Président-fondateur de Bold, Jean-Paul Allonsius. "Trop de régimes rendent les patients en surpoids résistants aux régimes. Perdre du poids n’est pas le challenge; le défi consiste à conserver sa perte de poids sur le long terme. Pour cela, une prise en charge multidisciplinaire est nécessaire. Il s’agit de s’entourer de professionnels : psychologue, diététicien et coach sportif. Car même entreprendre une activité sportive, lorsque l’on est obèse, cela ne se fait pas à la légère." "Avant de commencer un traitement, une évaluation approfondie est nécessaire", renchérit le Pr Ilse Mertens, de la Belgian Association for the Study of Obesity (BASO), convaincue que le soutien des proches et des amis est également crucial.

L’évaluation se fera en deux temps : il s’agira de dresser l’historique du poids du patient (courbe du poids, analyse des essais antérieurs ) et de vérifier la motivation actuelle, déterminante pour les chances de réussite du traitement, de même que les facteurs personnels et sociaux. Il faudra ensuite établir des objectifs réalistes, soit entre 5 à 10 % de perte de poids; et ce, pas seulement à court terme, mais aussi à long terme. Enfin, en fonction de l’historique de poids du patient, on déterminera avec celui-ci le schéma.

Le traitement sera adapté au style de vie du patient, qu’il s’agisse de l’alimentation, de l’exercice physique ou de l’aspect psychologique. Par rapport au régime alimentaire, plutôt que d’envisager un régime rapide, on partira des habitudes alimentaires et du style de vie du patient afin d’établir des adaptations réalistes. Quant à l’aspect psychologique auquel souvent on semblerait accorder trop peu d’attention, on examinera notamment les causes possibles expliquant les excès alimentaires. Ne s’agit-il pas de "nourriture émotionnelle" ? Pour ce qui concerne les médicaments, il existe des indications : avoir un BMI égal ou supérieur à 30 ou un BMI égal ou supérieur à 27 et deux co-morbidités. Tout en sachant que les médicaments miracles n’existent pas, si médication il y a, ce sera sur prescription (sauf exception, voir ci contre) et avec un suivi médical. Chirurgien au CHU St-Pierre, le Pr Cadière souligne, lui aussi, l’importance d’une approche multidisciplinaire pour la réussite du traitement : "le nutritionniste devra veiller à ce que le patient mange en tenant compte de ses sensations de faim et de satiété (souvent à redécouvrir) et qu’il n’évite pas les aliments tabous. On recommandera aussi au patient de manger lentement en mastiquant au moins 10 à 15 fois avant d’avaler, ce qui permet non seulement de manger moins, mais encore de libérer les arômes et de décupler le plaisir. Il faut aider le patient à restructurer ses repas, en évitant les grignotages, et à récupérer le plaisir de manger."

Pour sa part, la ministre de la Santé, Laurette Onkelinx, a rappelé, dans le cadre du Plan national nutrition santé, le travail encore conséquent à réaliser en matière de lutte contre l’obésité, au niveau des enfants et des adolescents. "Les mesures concernent la promotion de l’allaitement maternel ainsi que la lutte contre une consommation excessive de protéines animales chez les petits âgés de 0 à 3 ans, qui constitue un facteur prédictif d’obésité infantile. Nous comptons également redire qu’une bonne alimentation est un processus continu. Il faut savoir qu’un adolescent sur deux présentant une surcharge pondérale la conservera à l’âge adulte."

A l’occasion de la Journée nationale de lutte contre l’obésité, appelée à devenir européenne, les diététiciens francophones assureront une permanence téléphonique (02/353.10.46) tandis que des clubs de fitness ouvriront leurs portes.(1)

Laurence Dardenne

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