OGM : l’Efsa en ligne de mire

Stéphanie Grofils Publié le - Mis à jour le

Sciences - Santé

Après que son étude sur la toxicité des OGM ait fait le buzz, le professeur de biologie moléculaire de l’Université de Caen (France), Gilles-Eric Séralini, a immédiatement rejoint le débat politique. Le scientifique et militant a recommandé "l’interdiction immédiate du (maïs transgénique) NK 603 à l’importation et le réexamen rapide de tous les OGM et les pesticides autorisés" à ce jour en Europe, lors d’une conférence de presse jeudi, au Parlement européen, avec l’eurodéputée française Corinne Lepage (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe).

Il a surtout fustigé le "laxisme évident et très grave" de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa), qui a autorisé la culture de deux OGM en Europe ces dernières années (dont le maïs MON 810 produit par Monsanto). "On ne peut pas sérieusement dire qu’il n’y a pas de problème avec les OGM si on a autorisé très peu d’analyses, avec seulement quarante rats, pendant trois mois", regrette Gilles-Eric Séralini.

Le scientifique met également en doute l’honnêteté de l’Efsa. "Il n’est pas question que ceux qui ont autorisé le (maïs transgénique) NK 603 réalisent la contre-expertise de nos données, car il y aurait un conflit d’interêt avec leur autorité et leur carrière", a-t-il avancé, rappelant que plusieurs membres du conseil d’administration et scientifiques de l’agence ont été épinglés pour les liens étroits qu’ils entretenaient avec l’industrie agroalimentaire.

"Nous ne voulons pas sortir de l’Efsa, mais nous ne voulons pas que ceux qui ont autorisé les OGM réalisent cette contre-expertise", a tempéré Corinne Lepage, sachant que l’Efsa est la seule agence compétente au niveau européen pour réévaluer les effets des OGM.

En cœur, l’eurodéputée et le chercheur, tous deux membres du comité d’information indépendante sur le génie génétique, ont également recommandé "la généralisation des études sur deux ans" avant d’autoriser les OGM et les pesticides, jugeant "ridicule" la proposition de la Commission européenne de la réglementer à 90 jours.

Le professeur Seralini, lui, a observé quelque 200 rats, nourris de maïs génétiquement modifié, pendant deux ans. "Tous les effets que nous avons vus commencent au quatrième mois", notamment des tumeurs. "Nous avons fait mieux que ce que l’industrie a jamais fait", s’est targué Gilles-Eric Séralini, balayant les critiques formulées envers son "faible échantillonnage" de cobayes et l’absence de proportionnalité entre les doses ingérées et les effets observés.

L’indépendance de Gilles-Eric Séralini est également mise en doute par certains. Le professeur affirme qu’il a pu financer son étude, de quelque 3,2 millions d’euros, "grâce à des fonds privés, des donations des fondations", et à condition qu’elle fasse l’objet d’un film, a-t-il affirmé. Pour d’autres scientifiques, ces travaux ont été soutenus par des groupes de la grande distribution, comme Auchan et Carrefour, qui font la promotion des produits sans OGM.

On reproche encore à l’équipe de chercheurs d’avoir opéré dans l’ombre. "On n’a pas rendu l’étude publique tant qu’elle était en cours, sinon, on n’aurait très probablement pas pu la mener à terme à cause des pressions et des procédés habituellement utilisés par Monsanto pour qu’il n’y ait pas de contradictions", a justifié Corinne Lepage. "On ne voulait pas que le laboratoire brûle par accident provoqué", a carrément expliqué Nicolas Defarge, co-auteur de l’étude.

Le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, a aussitôt annoncé jeudi qu’il demanderait une vérification "sur quelques semaines" de la validité scientifique de l’étude. Et d’avancer que, si le danger de certains OGM se vérifiait, la France "défendrait leur interdiction au niveau européen". Voilà une étude scientifique, qui s’inscrira vite dans le débat politique, à tous les niveaux.

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