Sciences - Santé Pour ou contre l'utilisation des phosphates dans les "broches de viande congelées verticales"? Drôle de question? Le Parlement européen vient pourtant de trancher, si l'on peut dire, ce mercredi midi. C'est oui aux additifs phosphatés dans la viande à kebab. Alors qu'il fallait une majorité qualifiée de 376 voix, seuls 373 Eurodéputés ont voté pour rejeter la proposition d’autorisation de ces additifs. Il aura donc manqué 3 voix pour bannir ces substances soupçonnées d'être nocives pour la santé. .

Parmi ceux qui se sont prononcés contre la proposition d'autorisation d'acide phosphorique, de diphosphates, de triphosphates et de polyphosphates dans cette viande à pita, qu'elle provienne du bœuf, du mouton, du veau ou de la volaille, il y a Marc Tarabella, en charge de la Protection des consommateurs au Parlement européen. "Je ne suis pas contre le kebab, mais contre des additifs qui mettent en péril la santé des citoyens. De sérieux doutes planent en effet sur ces additifs alimentaires, ayant pour objectifs de conserver la saveur et maintenir l'eau, avec des conséquences potentiellement importantes et négatives pour la santé des citoyens européens", justifie l'Eurodéputé PS, qui cite deux études. L'une, européenne, démontrait en 2012 un lien entre l'absorption d'additifs phosphatés dans les aliments et l'augmentation du risque cardiovasculaire. L'autre, menée en 2013 par des chercheurs américains, "suggérait également une causalité entre les régimes alimentaires riches en phosphore et l'augmentation de la mortalité".

Le contexte

Actuellement, l'ajout de produits phosphatés est interdit dans l'Union européenne, mais il existe quelques rares exceptions, pour certaines saucisses et des hamburgers. Afin de mieux agglomérer les morceaux, des entreprises en ajouteraient aux broches de viandes congelées pour kebab.

Outre les risques pour la santé, les détracteurs dénoncent une fraude envers les consommateurs, car ces substances retiennent de l'eau, vendue au prix de la viande.Quant aux partisans, ils pointent les enjeux pour l'emploi, notamment en Allemagne où se trouvent la plupart des producteurs.


Si la réglementation européennees interdit donc généralement les phosphates dans les préparations à base de viande, où ils sont principalement utilisés comme agents de saveur, un flou juridique persiste pour les produits surgelés, que de nombreux restaurants de kebab exploitent. " Alors que ces produits ne sont donc en principe pas autorisés dans les viandes transformées, la Commission européenne nous soumet une proposition d'autorisation pour divers additifs à base de phosphates dans l'alimentation, nous dit Emmanuel Foulon, porte-parole de l'eurodéputé PS, Marc Tarabella. Ce qui nous gêne, c'est l'accumulation d'exceptions . On se rend compte que les additifs phosphatés sont de plus en plus utilisés pour retenir la saveur et conserver l'eau. Il y a un tel nombre d'exceptions que cela en devient un peu ridicule et que l'on s'éloigne de l'idée et de l'esprit initial de la réglementation européenne à ce sujet. C'est une des motivations qui justifie notre vote pour le rejet de cette proposition.

L'autre raison est que plusieurs études scientifiques dénoncent le contenu et les conséquences potentielles de l'utilisation de ces additifs. Donc, la présomption de culpabilité de ces additifs est viable; il existe un risque potentiel selon nous. Et à partir du moment où, en Europe, nous sommes enclins à nous positionner pour le principe de précaution, on estime que s'il y a un danger potentiel pour le citoyen européen, il est normal de cesser ces exceptions avec les conséquences que cela représente pour la santé des gens. Si cette proposition d'autorisation concerne toutes les viandes transformées, qui utilisent les produits cités, en réalité, on trouve les additifs de phosphates dans de nombreux produits. Nous avons profité de cette exception qui est aujourd'hui proposée, pour demander de mettre le holà. Nous ne voulons pas que les citoyens européens deviennent des cobayes. Nous voulons la certitude qu'un produit est inoffensif et qu'il n'y a pas la moindre zone d'ombre sur ses propriétés avant de le mettre sur le marché". Avec le vote qui vient d'intervenir, ce ne sera donc pas le cas.

Les réactions au vote

La déception, voire la rage était grande à l'issue du vote, du côté de Marc Tarabella, en charge de la Protection des consommateurs : " Le Parlement européen, mais surtout la droite et les conservateurs européens permettent donc que cette substance potentiellement dangereuse soit utilisée dans l'alimentation. Plus grave encore selon moi, ce vote est aussi la traduction d'une envie de la part de la droite européenne et des conservateurs d'en finir avec le principe de précaution au mépris de la santé des consommateurs mais au grand bénéfice des multinationales."

L'eurodéputé Groen Bart Staes, qui a participé aux négociations sur le sujet, s'est lui aussi dit déçu par l'issue du vote. "C'est incompréhensible de jouer avec la santé publique sur base d'informations tronquées de l'industrie de la viande et de certains médias", a-t-il dénoncé après le vote. "L'EFSA (l'Agence européenne pour la sécurité alimentaire) est en train de mener une étude sur les effets (des phosphates) sur la santé. Les résultats sont attendus fin décembre 2018. Approuver aujourd'hui quelque chose dont nous ne connaissons pas les effets n'est pas très intelligent. Il existe en outre des alternatives moins nocives permettant de lier la viande."

 "Cette pratique de conservation et de collage de viande est utilisée dans les kebabs en Allemagne et dans d'autres pays hors de toute autorisation légale, et donc du contrôle sanitaire qui va avec, a pointé l'eurodéputée libérale Frédérique Ries. Je regrette que le Parlement européen, à trois voix près, n'ait pas confirmé son interdiction, même s'il a montré une fois de plus qu'il place la santé publique au premier rang de ses priorités."

"Nous devons également défendre les intérêts des consommateurs", a souligné Mark Demesmaeker (N-VA), regrettant l'issue du vote. "Les phosphates peuvent augmenter artificiellement le poids de la viande, ce qui conduit à ce que le consommateur paie trop pour son kebab." L'élu N-VA s'inquiétait aussi des risques pour la santé.

Il n'y a donc plus qu'à attendre, d'ici fin 2018, les résultats de l'étude commandée par la Commission à l'EFSA...







.