Sciences - Santé

Lima, Paris, Florence, Stockholm... Certains troubles psychologiques ont des noms de ville. Les spécialistes ont ainsi mis un mot sur des syndromes observés dans certaines cités ou liés à un fait divers particulier. Quelles différences entre ces termes ? Réponse notamment grâce à l'aide de Gerald Deschietere, Responsable unité de crise et d'urgences psychiatriques aux Cliniques Universitaires St-Luc de Bruxelles.


Syndrome de Lima


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Définition: Syndrome qui se produit lorsque le ravisseur, l'agresseur, est influencé par le point de vue de son otage et/ou éprouve de l'empathie pour ce dernier. Il peut s'identifier à lui.

L'origine du syndrome: Le 17 décembre 1996, des militants du MRTP (Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru) un mouvement marxiste-léniniste péruvien prennent en otage environ 400 personnes réunies dans l'ambassade japonaise à Lima pour une soirée. Leurs revendications: obtenir la libération de centaines de militants et un changement de la politique économique du pays. Pendant la prise d'otage, de nombreuses victimes sont relâchées par leurs ravisseurs. Après 126 jours, une opération commando met fin à la prise d'otage le 22 avril 1997. 17 personnes sont tuées, dont un otage.

Le "diagnostic" de Gerald Deschietere: "Dans ce cas, l'agresseur n'arrive pas à appliquer ce qu'il avait prévu. C'est-à-dire des châtiments, une peine... Et il peut finir par le libérer. Ce syndrome est plus rare que celui de Stockholm".

Le syndrome de Lima dans les médias: - "La piel que habito" - Film de Pedro Almodovar avec Elena Anaya et Antonio Banderas.



Syndrome de Stockholm


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Définition: Ce syndrome est défini comme un trouble qui peut toucher la victime d'une prise d'otage qui prend fait et cause pour son agresseur.

L'origine du syndrome: En août 1973, un braquage a lieu dans une banque du quartier Norrmalmstorg de Stockholm (Suède). Au cours de cette attaque qui tourne mal, Jan Erik Olsson, prend en otage quatre personnes. Rejoint par son compagnon de cellule, Clark Olofsson, le malfrat parlemente six jours avec les autorités jusqu'à ce que ces dernières décident d'intervenir. Surprise, les otages font barrage entre les autorités et les ravisseurs. Les victimes ont finalement adhéré aux arguments de leurs agresseurs. "Au début les otages avaient très peur, ils m'avaient vu tirer sur le toit, sur le policier, je les avais attachés, ils étaient vraiment effrayés évidemment ", se souvient Jan-Erik Olsson au micro de France Info

"Cinq ou six heures plus tard, une otage m'a dit qu'elle devait aller aux toilettes, mais les toilettes étaient en bas, là ou la police attendait. J'ai dit 'va aux toilettes, mais tu dois revenir, tu dois penser à tes amis' elle y est allée, les policiers ont tenté de la retenir mais elle est revenue à moi. L es autres femmes ont fait comme elle, elles sont revenues. Il y avait une situation amicale entre les otages et moi, c'était très étrange. Quand je suis allé en prison après tout cela, deux otages, un homme et une femme, sont venus me voir derrière les barreaux, on est devenu en quelque sorte des amis ". Ce syndrome a été théorisé par le psychiatre américain Frank Ochberg.

Le "diagnostic" de Gerald Deschietere : "Le syndrome de Stockholm est en quelque sorte l'inverse du syndrome de Lima. Ce syndrome se produit souvent si la revendication est légitime. La notion "agresseur-agressé" disparaît alors. S'il y a de la haine, c'est plus compliqué".

Le Syndrome de Stockholm dans les médias: - La chanson "Stockholm Syndrom" du groupe britannique Muse.



Syndrome de Florence


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Définition: Ce syndrome est déclenché par l’exposition à des œuvres d’art. Il se manifeste notamment par des vertiges, une perte d'identité, ou encore des suffocations. "Les symptômes toucheraient davantage les femmes célibataires, de moins de 40 ans, voyageant seules", écrit une journaliste du Monde.fr.

L'origine du syndrome: Le syndrome de Florence est également appelé syndrome de Stendhal en référence à l'écrivain français qui décrit son expérience dans l'un de ses ouvrages "Rome, Naples et Florence". Devant la beauté des œuvres d'art de la capitale toscane, il ne se sent pas très bien notamment à la sortie de la Basilique Santa Croce. "J’étais dans une sorte d’extase par l’idée d’être à Florence et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber." Ce trouble a été défini par la psychiatre italienne Graziella Magherini.

Le "diagnostic" de Gerald Deschietere : "Ces crises d'hallucination permettent de se protéger de toute cette émotion par rapport à la beauté que dégage cette ville. Ce syndrome peut également se manifester dans d'autres cités. Il ne faut pas forcément avoir d'antécédents pour être touché."

Le syndrome de Florence dans les médias: - Dario Argento en a fait un film: "La sindrome di Stendhal ".


Syndrome de Paris


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Définition: Certains touristes ressentent un grand choc lorsqu'ils constatent que la ville lumière n'est pas aussi reluisante que dans leurs rêves. Pollution, pauvreté, pickpocket, Parisiens pas toujours sympas... Ces voyageurs, notamment Japonais, se retrouvent déstabilisés et doivent être parfois rapatriés.

L'origine du syndrome: Ce syndrome a été identifié par le psychiatre japonais Hiroaki Ota qui exerçait à l'hôpital Saint-Anne à Paris dans les années 1980.

Le "diagnostic" de Gerald Deschietere : "Les touristes s'attendent à être bouleversés par la ville lumière. Ils voient Paris comme la plus belle ville du monde mais l'image qu'ils s'étaient forgés dans la littérature ou dans les films n'est forcément aussi idyllique dans le réel. Il y a certes des beaux quartiers mais aussi des quartiers très communs. Ils sont donc déçus, tristes, en colère et peuvent tombés à un état dépressif, anxieux. Souvent ces symptômes sont liés aux difficultés de communiquer. Ils peuvent alors être très isolés et connaitre une très grande souffrance. L'hospitalisation n'est pas très longue en général."

Le syndrome de Paris dans les médias: - La nouvelle de Philippe Adam "Le Syndrome de Paris" aux éditions Inventaire/Invention.


Syndrome de l'Inde


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Définition: Des dizaines d'Occidentaux, souvent jeunes, sont rapatriés d'urgence d'Inde vers leur pays d'origine. Ces personnes confrontées à la culture indienne perdent pied face à la pauvreté, la foule, la chaleur, le mysticisme du pays. Ils peuvent alors être très angoissés, délirer ou avoir des crises de paranoïa. Après le rapatriement, certains n'ont parfois qu'une envie: repartir...

L'origine du syndrome: Ce syndrome a été théorisé par le psychiatre français Régis Airault qui a travaillé pour l'ambassade de France en Inde. Après avoir géré des rapatriements, il a décidé d'écrire un ouvrage "Fous de l'Inde" sur le sujet. Le photographe suisse grand amateur du pays Benoît Lange témoignait à ce propos dans un documentaire diffusé sur la chaîne RTS: "J'ai vu quelqu'un se pendre à un ventilateur, j'ai vu des gens vivre pied nus dans la rue car l'Inde était trop violente et qu'il fallait se rapprocher des gens qui vivaient de rien, j'ai vu des gens brûler leur passeport avec l'envie de renier tout ce qui faisait cette certitude d'exister" .

Le "diagnostic" de Gerald Deschietere : "L'inde et est un pays très différent et même lorsqu'ils y sont préparés, les voyageurs sont surpris par ce qu'ils découvrent. Ils sont confrontés à un grand bouleversement. De même, ils subissent une pression sociale, sont très sollicités pour donner de l'argent. Certains développent des obsessions paranoïdes, ont des épisodes délirants. On pensait que c'était lié à la prise de drogues mais apparemment pas."

Le syndrome de l'Inde dans les médias:  - Le documentaire "Le syndrome des Indes" de Philippe Vitaller.