Sciences - Santé

Elle avait opté pour un seul et unique choix: celui de la guérison. Celui de se battre pour vivre. Mais leurrée par les projecteurs aveuglants des trouvailles de ces baratineurs de "vérités absolues", à la fois anciennes et nouvelles, elle a quitté la route de la médecine traditionnelle pour emprunter des chemins de traverse qui l’ont conduite sur les sentiers sinueux des médecines alternatives déviantes. Lorsqu’elle a compris son erreur, il était trop tard", écrit Nathalie De Reuck, auteur de "On a tué ma mère"(1).

Trouver du sens dans cette histoire insensée, tellement éloignée de la vie réelle actuelle, et surtout, mettre en garde toute personne en état de fragilité qui pourrait tomber dans ce piège parfois fatal, voilà ce qui a poussé cette jeune femme à "revisiter l’ombre comme la lumière" pour retracer le tragique parcours de sa maman, Jacqueline. Fouillant dans sa mémoire, l’auteur livre un récit précis de cette invraisemblable histoire, consignée par la principale protagoniste dans un journal et sur des cassettes enregistrées, restituant les conversations entretenues avec le thérapeute.

Une santé fragile, des maux récurrents et des douleurs quasi permanentes que les innombrables médecins qu’elle consulte associent à autant de pathologies différentes, "sans jamais baisser les bras ni geindre, Jacqueline persévérait dans ses recherches thérapeutiques, s’astreignant à suivre les traitements conseillés, malgré les nombreuses complications qu’ils entraînaient". "Tous ces docteurs sont dépassés. Pauvre médecine! Pauvres de nous! Espoir et patience quelle belle devise", confie un jour la mère à sa fille.

Après la valse des docteurs en médecine, c’est dans celle des docteurs en psychiatrie que se lance Jacqueline. En vain. "Lors de la troisième consultation chez le docteur N., peut-on lire dans son agenda, il m’a demandé si je voulais réellement guérir et si j’avais de la volonté. J’ai répondu par l’affirmative aux deux questions. Il m’a alors dit que je devais stopper mes médicaments en ajoutant que ce serait pénible. J’ai refait, après tant d’erreurs, confiance à un médecin. Je voulais tellement guérir."

Un jour de décembre 2005, en se palpant le sein, Jacqueline se découvre une petite boule. Nathalie en parle à une de ses meilleures amies, qui est gynécologue. Pour elle, aucune hésitation à avoir: les examens classiques de dépistage s’imposent. Sous le choc, à l’idée d’avoir un cancer du sein, Jacqueline se confie à Denis G., son ostéopathe et ami qui, radicalement opposé à la médecine traditionnelle, lui enjoint d’ignorer cet avis médical. "Pour lui, écrit Nathalie De Reuck, ce kyste est clairement la manifestation d’un conflit, d’un trop-plein. C’est un processus naturel de maturation qui sert d’exutoire à un problème lié à Théodore (NdlR : son époux) - le sein gauche représentant la relation de couple. Rien d’alarmant, donc. Au contraire. Nous produisons tous des cancers, plusieurs fois par an, qui se résorbent d’eux-mêmes si on n’y prête pas attention, lui certifie-t-il." D’emblée, l’ostéopathe affirme sans le moindre examen qu’il ne s’agit pas d’une tumeur, mais plutôt d’une induration ganglionnaire, musculaire ou glandulaire qui devrait disparaître très vite avec les drainages lymphatiques qu’il pratique sur Jacqueline plusieurs fois par mois

Cette histoire à l’issue fatale est arrivée près de chez nous, près de chez vous, en Belgique; non pas au siècle dernier voire il y a plus longtemps encore, alors que circulaient d’obscures croyances; non, c’est arrivé il y a à peine deux ou trois ans. Et nombreuses sont, à l’heure actuelle, les victimes manipulées, en proie à des charlatans de la santé criminels.

(1) On a tué ma mère, Nathalie De Reuck avec Philippe Dutilleul, Ed. Buchet-Chastel, 21 €