Sciences - Santé

Nom: Altacro. Identité: robot. Date de naissance: indéterminée. Signes particuliers: muscles artificiels pneumatiques. Fonction: réapprendre à marcher. Père et mère: une équipe de chercheurs de la Vrij Universiteit Brussel.

A l'heure actuelle, Altacro n'est pas encore né, si ce n'est dans la tête de ses concepteurs, l'équipe du Pr Dirk Lefeber, du département d'ingénierie mécanique de la VUB. Retenu par le Jury de la Fondation Altran, au même titre que cinq autres finalistes parmi les 44 dossiers présélectionnés, ce projet pourrait, en cas de victoire, se voir doté d'une aide à la matérialisation d'une valeur d'un million d'euros par la Fondation Altran qui aborde, cette année, la thématique de l'intégration, vue sous l'angle spécifique de l'innovation technologique.

En proposant ce robot, les chercheurs de la VUB répondent parfaitement à la question posée par cette Fondation. A savoir: que peut amener l'innovation technologique à l'intégration dans nos sociétés des populations exclues ou défavorisées, telles que les personnes âgées, handicapées ou en difficultés?

Car à qui se destine Altacro, sinon à des personnes ayant perdu l'usage de leurs membres inférieurs, que ce soit suite à un grave accident de la circulation ou à une affection neurologique, ou à des patients sous traitements orthopédiques... Par ailleurs, le vieillissement global de la population ne fera que multiplier le nombre de problèmes moteurs liés à la paralysie cérébrale, aux affections de la moelle épinière ou à d'autres maladies de dégénérescence neurologique.

Que se propose dès lors d'apporter à ces personnes Altacro? Muni de muscles artificiels pneumatiques, constituant la principale innovation de ce projet, il se présente comme «un robot de rééducation à la marche, qui permettra un soin automatisé et adapté au malade». «L'utilisation des muscles artificiels pneumatiques crée une interface robot/humain confortable et ajoute une fonctionnalité supplémentaire à la rééducation», expliquent les auteurs du projet.

«Il s'agit en fait d'une orthèse que l'on attache aux membres inférieurs du patient paraplégique qui va, en quelque sorte, porter le robot, nous précise le Pr Dirk Lefeber, l'idée est de simuler différentes marches. Le patient, attaché dans un premier temps sur un tapis roulant, pourra ainsi réapprendre les mouvements de la marche que lui inspirera le robot. Altacro pourra soutenir le malade, corriger sa difformité, modifier un mouvement, et donc améliorer la fonctionnalité motrice des jambes. Dans une seconde étape, on espère pouvoir rendre le patient totalement indépendant».

Grâce au fait que les sessions pourront, en principe, être plus longues, les progrès devraient se révéler plus rapides. Autres avantages de ce robot, selon ses concepteurs: une meilleure adaptation aux particularités de chaque patient et à sa progression ainsi que la possibilité de générer un mouvement de marche en 3D.

Si toutes les personnes susceptibles de remarcher un jour pourront bénéficier de ce robot, il devrait également s'avérer utile pour celles qui n'ont plus cet espoir dans la mesure où Altacro devrait aider à contrer les effets négatifs liés au fait de rester assis dans un fauteuil roulant, comme la diminution de la densité osseuse. Il jouerait en quelque sorte le rôle d'un kiné.

Améliorer les soins et accélérer le retour à la marche: telles sont les belles promesses d'Altacro.

Encore faudra-t-il que ce projet soit primé pour bénéficier du soutien et voir effectivement le jour, alors que les chercheurs de la VUB aimeraient pouvoir le produire d'ici un an. Verdict le 16 juin prochain, à l'occasion de la soirée de remise du Prix 2005 à la Maison de l'Unesco à Paris.

© La Libre Belgique 2005