René Ngongo: "Je rêvais de devenir conservateur "

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Sciences - Santé

René Ngongo a grandi à l’ombre du parc des Virunga en République démocratique du Congo (RDC), non loin de Goma. Un environnement particulier qui lui a donné le goût de la défense de l’environnement. Biologiste de formation, spécialiste de la faune, il se passionne pour les forêts car elles sont tout à la fois le supermarché, la pharmacie, l’église Elles sont aussi malheureusement une proie facile pour l’industrie forestière et une monnaie d’échange évidente dans les fins rouages des relations internationales

Le petit garçon qui, vacances après vacances, tendait l’oreille aux propos des gardes-chasse et observait les guides n’allait jamais oublier cette confrontation précoce avec l’impressionnante biodiversité congolaise. "Je rêvais de devenir conservateur", raconte-t-il. "Je trouvais extraordinaire que des gens puissent consacrer leur vie entière à cette nature magnifique."

Après avoir consacré ses études secondaires à la biologie, René Ngongo s’est inscrit à la section "écologie et conservation de la nature" de l’Université de Kisangani ,où il s’est spécialisé dans la protection de la faune avant d’y décrocher un poste d’assistant. "Il n’a pas fallu plus de vingt ans pour que je puisse observer la raréfaction du gibier, la forêt reculant autour de Kisangani. Fin des années 1980, ce fut le déclic avec la publication de cartes satellite. On a constaté que la savane remplaçait progressivement la forêt !"

La nécessité de sensibiliser s’est rapidement fait ressentir. "Même à l’unif de Kinsangani, le débat n’est pas apprécié. Il n’était pas de bon ton de remettre en question des pratiques comme l’agriculture sur brûlis par exemple " C’est entre autres par la radio que René Ngongo a commencé son action de sensibilisation. "Après chaque émission, nous recevions un courrier abondant, mais il semblait évident que ce canal n’allait pas suffire. En 1994, j’ai fondé avec quelques autres, l’ONG "Ocean" (Organisation concertée des écologistes et amis de la nature). Nous n’étions qu’une poignée et les besoins étaient énormes. Ce boulot m’a permis de me rendre très souvent en forêt ces quinze dernières années."

Ces missions sur le terrain l’ont poussé à recentrer son action sur la défense des forêts car, explique-t-il, "pour protéger la faune, il faut protéger son habitat". "Les forêts s’appauvrissent. Il ne faut pas être grand clerc pour le remarquer, il y a moins d’oiseaux par exemple. Bien sûr, j’ai été amené à rencontrer beaucoup de communautés locales. J’ai ainsi pu constater à quel point, ces dernières peuvent être lésées par des compagnies forestières."

Même si en RDC, la forêt n’est pas stricto senso rasée, elle est dégradée. "Pour aller chercher un arbre, un wengé, un sappeli, un afromosia - dont la valeur marchande échappe complètement aux chefs coutumiers - il faut ouvrir une route au cœur de la forêt. C’est la porte ouverte à des dégradations multiples. Il n’est pas rare de rencontrer des routes qui s’enfoncent dans la forêt pendant plusieurs dizaines de kilomètres et qui finalement ne mènent nulle part !"

Certains ont, en effet, cru voir dans l’exploitation forestière un bon moyen de répondre à la pauvreté du Congo, poursuit René Ngongo. "Des villageois se voient offrir des boulots, grassement payés : 1 dollar par jour ! Et cela les amène à délaisser leurs cultures vivrières, ils finissent par vivre d’espoir et d’eau fraîche L’industrie forestière n’est pas un vecteur de développement, je peux en témoigner !"

L’importance que revêtent les forêts pour la population locale comme pour le maintien de la biodiversité l’a conduit à réorienter une nouvelle fois ses activités. "En 2003, après des années sur le terrain, il m’a semblé évident que c’était depuis Kinshasa où se concentre le pouvoir politique qu’il fallait poursuivre le combat. Mais la réponse ne se trouve pas uniquement à Kin, elle se trouve également en Europe où une partie du bois africain fini par aboutir ou encore au niveau des grands bailleurs de fonds "

Le bureau que Greenpeace a ouvert à Kinshasa en novembre 2008 permet à René Ngongo de s’acquitter de ses tâches tout en gardant un pied dans la forêt. "Je slalome à présent entre différents univers, mais jamais je n’oublie l’importance de la forêt. Elle est tout : on y trouve des fougères ou des chenilles pour se nourrir, des plantes pour soigner les maux de tête ou les blessures et c’est un point de repère spirituel pour beaucoup. Détruire la forêt, c’est détruire des modes de vie qui en valent bien d’autres."

Prévenir la dégradation de la forêt est aujourd’hui, plus que jamais, le combat de celui qui, enfant, admirait tant les éléphants. Un combat que les changements climatiques qui commencent à se faire sentir en Afrique ne fait que rendre plus brûlant encore.

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