Testez la nouvelle pilule contraceptive

Laurence Dardenne Publié le - Mis à jour le

Sciences - Santé

Il aurait pu distribuer des canettes de sodas ou des crasses en chocolat, mais non, ce distributeur automatique vous offre - gratuitement en plus ! - des pilules contraceptives. Génial, non ? Sur l’engin rose Barbie, installé vendredi dans la très passante rue Neuve de Bruxelles, une bande-annonce clignotante défile, attirant l’attention des badauds.

Pour inviter les jeunes filles à tester la nouvelle pilule, il y a, plus aguichantes l’une que l’autre, Petra la brune, Luna la rousse et Tina la blonde, trois personnages mascottes de la campagne, mais aussi deux jeunes filles, en chair et en os, celles-là. Rien de plus simple : appuyez sur le bouton pour choisir la boîte à l’effigie de la poupée qui vous tente et il n’y a qu’à ramasser l’objet qui vient de tomber dans le distributeur. Et avaler la pilule Comme un bonbon.

Mais non, justement : "la-pi-lu-le-, n’est-pas-un-bon-bon !" Et d’ailleurs dans la boîte de contraceptifs, point de plaquette. Juste un petit papier qui dit : " Une pilule en distributeur automatique ? Heureusement que ça n’existe pas ! La pilule contraceptive n’est en effet ni un snack ni un bonbon. La pilule contraceptive est une chose à prendre avec précaution, et à choisir de la même façon. Demande conseils et informations à ton médecin et n’hésite pas à lui poser toutes les questions qui te trottent dans la tête concernant la pilule (et les autres moyens de contraception) ."

Accompagnant la notice, un petit lot de consolation en clin d’œil : un bracelet rose avec un anneau gravé "Responsible Young Woman", à arborer en tant que jeune fille responsable et informée.

Lancée à l’initiative de l’ASBL Prévention Santé et intitulée "Tout sur la pilule", cette percutante campagne vise "à faire comprendre aux jeunes filles que la pilule contraceptive est un médicament, et qu’en tant que tel, elle va avoir des effets attendus (la contraception) et des effets inattendus, explique le D r Philippe Burton, responsable de l’ASBL Prévention Santé. Parmi les effets indésirables, il peut y avoir des maux de tête, des nausées, des vomissements, une irrégularité des règles ou de légères tensions dans les seins , tout cela n’est pas très grave. Mais certains effets indésirables peuvent s’avérer plus dangereux, par exemple, si la jeune fille fume, est diabétique ou si elle a de l’hypertension. Il faut tenir compte de ces facteurs et de certains risques accrus, notamment de maladie thromboembolique ".

A ce propos, on se souvient des émissions diffusées à la télévision et des articles parus dans la presse, évoquant le cas de jeunes filles lourdement handicapées et même décédées suite à la prise de ces pilules de la quatrième génération. Qu’en est-il au juste ? " Il existe effectivement quelques cas qui ont été attribués à la prise des pilules incriminées, mais il convient de remettre cette information à sa juste place , répond le médecin, regrettant toutefois une certaine désinformation à ce sujet. Si le risque d’accident thromboembolique est de 1 pour une jeune fille qui ne prend pas cette pilule et qu’il monte à 4 pour celle qui la prend, il faut aussi savoir qu’il grimpe à 6 pour une jeune fille enceinte. Cela pour dire que la décision de prendre et de choisir une pilule - qui reste un très bon et efficace moyen contraceptif - plutôt qu’une autre doit se faire de manière encadrée par des professionnels de la santé. Le choix d’un mode de contraception est trop important pour s’appuyer sur des rumeurs ou des sources à la fiabilité aléatoire ."

La démarche de l’ASBL est en effet liée à des constats et des comportements inquiétants observés chez les jeunes filles qui, pour bon nombre, s’informeraient en première ligne sur la Toile pour chercher leurs informations au moment de choisir un moyen contraceptif plutôt que chez un professionnel de la santé. D’après une enquête menée en décembre dernier par Dedicated Research pour Teva Pharma Belgium, auprès d’un millier de femmes de 14 à 45 ans, 44 % d’entre elles s’informent quant à la pilule auprès d’un gynécologue ou, pour 21 %, auprès de leur médecin généraliste. Parmi les 14-24 ans, une jeune fille ou jeune femme sur quatre (26 %) se renseigne via des sites Internet ou des blogs, ce qui est aussi le cas pour 15 % des 25-34 ans. Les discussions avec les copines (13 %) sont également une importante source d’information à ce sujet pour les 14-24 ans.

A quelques jours de la journée de la contraception, qui a lieu le 25 septembre, cette campagne de sensibilisation devrait convaincre sans trop de peine le public visé. A Bruxelles, ce samedi encore, le distributeur automatique de "ces nouvelles pilules contraceptives gratuites à tester" partira ensuite en tournée dans les grandes villes du pays : Liège, le 25 septembre, puis Anvers (le 26), Gand (le 27), Charleroi (le 28) et Namur (le 29). Aucun doute que le distributeur rose en intriguera plus d’une.

Plus d’infos : www.toutsurlapilule.be

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