Sciences - Santé

Toujours taboue ou sujet qui prête à sourire, la ménopause - dont c'est la journée mondiale ce mercredi 18 octobre - est précédée d'une période, souvent méconnue et cependant incontournable, qui est la périménopause. C'est précisément pour sensibiliser les femmes, généralement mal informées à ce sujet, que la Société internationale de la ménopause (IMS) a choisi d'en faire le thème central de cette journée mondiale.

Entretien avec le Pr Serge Rozenberg, gynécologue au CHU Saint Pierre et secrétaire de la Société belge de la ménopause (SBM).

1 La périménopause, c'est quoi au juste?

C'est une période de transition avant et après l'arrêt des règles, d'une durée de 1 à 4 ans, au cours de laquelle apparaissent une série de symptômes que les patientes ne reconnaissent pas nécessairement comme étant liés à la survenue de la ménopause. Généralement, cette période s'étend environ 3 ou 4 ans avant et facilement un an après la ménopause.

2 Quels sont les principaux symptômes associés à la périménopause ?

Les symptômes les plus marquants, au début de cette période, sont souvent les saignements plus importants et les règles irrégulières (70 % des consultations pendant la périménopause ont pour objet les saignements anormaux). Les cycles de menstruation deviennent d’abord plus courts, ce qui est lié à une qualité ovulatoire moindre. La femme peut aussi ressentir une tension mammaire, des bouffées de chaleur, de la transpiration nocturne, ainsi que des troubles du sommeil (30 %), une dépression (38 %)… Les bouffées de chaleur précèdent déjà chez un grand nombre de patientes l'arrêt des règles, de même que les suées nocturnes et l'insomnie. Si on estime que les trois quarts des femmes environ ont des bouffées de chaleur, environ une femme sur cinq aura des symptômes importants (troubles de l'humeur, anxiété, sécheresse vaginale…) qui précèdent l'arrêt des règles.

3 Le risque zéro de grossesse n'existe pas pendant cette période

"Les femmes qui désirent être enceinte à ce moment-là éprouvent des difficultés à le devenir, explique le Pr Rozenberg, mais paradoxalement, il peut arriver qu'une grossesse survienne pendant la périménopause. Des publications récentes ont montré que, endéans l'année-même des dernières règles, les femmes ont encore environ 20 % de cycles avec une certaine sécrétion de progestérone, ce qui signifie qu'il y a eu une activité ovulatoire. Ce qui nécessite donc quand même une contraception. De plus, cette période est caractérisée, non par une chute d'hormones, mais par des variations hormonales importantes. Et donc, les taux d'œstrogènes peuvent parfois être très élevés, voire plus élevés que chez les femmes jeunes de 25 ans. Ceci explique un autre symptôme qui est la mastodynie, c'est-à-dire la douleur aux seins. Tant les saignements que les douleurs aux seins sont des symptômes qui font parfois peur aux patientes et peuvent semer la confusion avec des problèmes organiques importants. Il y a donc lieu de rassurer les patientes et leur dire que, dans la majorité des cas, après avoir exclu une cause organique, ces symptômes sont dus à des modifications hormonales".

4 Le tabac, facteur de risque d'une ménopause plus précoce

En moyenne, la ménopause qui survient "officiellement" après douze mois d'arrêt de règles, arrive à l'âge de 50 ou 51 ans. Chez certaines femmes cependant, elle peut apparaître plus tôt. Une récente étude vient de démontrer qu'il existe un effet dose/relation entre le tabac et la survenue d'une ménopause plus précoce. Ce risque est en effet doublé chez les fumeuses.

5 Une ménopause tardive présente-t-elle des risques?

On parle généralement de ménopause tardive si celle-ci survient après 55 ans. Chez les patientes qui ont une ménopause tardive on constate une légère augmentation du risque de cancer du sein et de l'ovaire.

6 Le traitement hormonal de substitution semble diminuer le risque cardio-vasculaire

Des études publiées en septembre dernier montrent que la mortalité n'est pas augmentée pour les patientes qui ont pris un traitement hormonal de substitution par rapport à celles qui n'en prennent pas. Au contraire dans la tranche d'âge des 50-60 ans, soit la décennie qui suit la ménopause, la mortalité est diminuée et le risque cardiovasculaire des utilisatrices de THS est inférieur à celui de celles qui avaient reçu un placebo. "Il s'agit cependant d'initier ce traitement tôt et non le prendre après 70 ans, ce qui augmente le risque de thrombose!, précise le Pr Rozenberg. Si ce n'est pas encore aujourd'hui une indication de traitement, cela reste des données très rassurantes".

7 Pourquoi la périménopause doit être considérée comme une opportunité et non une menace

L'apparition des divers symptômes fait de la périménopause une période stressante pour certaines femmes. "S'il y a lieu d'exclure certaines pathologies, souligne le Pr Rozenberg, dans la majorité des cas, on peut rassurer les patientes et leur expliquer que la plupart des symptômes sont liés à une modification du cycle. Il faut considérer cette période non pas comme une menace, mais comme une opportunité pour initier des changements avant la ménopause qui va entraîner un nouveau départ d'un tiers de la vie d'une femme. C'est un moment-clé avant l'apparition des grandes maladies pour prendre en charge sa santé, son hygiène de vie que ce soit au niveau de la nutrition, du tabac, de la consommation d'alcool, de l'exercice physique…"

Des données nouvelles montrent que les femmes qui, à cette période de la vie, ont une activité physique régulière et suffisante (par exemple 10000 pas par jour), tout en surveillant leur alimentation et ne fumant pas, diminuent de plus de 50% leur risque d'ostéoporose, de maladies cardiovasculaires et de cancer du sein. "Plutôt que baisser les bras, c'est donc au contraire le moment de positiver, se prendre en charge et faire un bilan de santé si l'on veut avoir une meilleure qualité de vie et diminuer de manière drastique la survenue de ces pathologies. C'est le moment ou jamais de corriger les facteurs de risque réels qui sont présents: obésité, sédentarité, tabagisme, alcoolisme", insiste le gynécologue.


Cinq Ménopause-cafés, ce samedi

À l’occasion de la Journée Mondiale de la Ménopause, la Société Belge de la Ménopause organise avec le soutien de Mylan cinq Ménopause-Cafés le samedi 21 octobre à Beernem, Brasschaat, Bruxelles, Charleroi et Liège. Les Ménopause-Cafés sont des rassemblements conviviaux où les femmes posent leurs questions à des experts et échangent trucs et astuces en tous genres. Les sujets abordés vont des bouffées de chaleur et sueurs nocturnes aux risques cardiovasculaires, en passant par la perte de libido et la sécheresse vaginale.

Pour plus d’informations et s’inscrire gratuitement : www.menopausecafe.be

 

À propos de la Société Belge de la Ménopause

Fondée en 2002, la Société Belge de la Ménopause est la principale organisation scientifique sans but lucratif consacrée à la promotion de la compréhension de la ménopause et des sujets qui y sont liés. Cette association vise principalement l'amélioration de la santé des femmes dans la quarantaine et plus.

Pour plus d'informations sur la SBM: http://menopausesociety.be.