Sciences - Santé

Quelle meilleure nouvelle que l'annonce de la disponibilité, dès ce mercredi 23 novembre, en pharmacie d'un nouvel outil de dépistage du sida, en l'occurrence un autotest, en cette semaine européenne de dépistage du VIH et des hépatites, prélude à la Journée mondiale de lutte contre le sida, qui se déroulera le 1er décembre? Quand on sait qu'en Belgique, on estime que près d'une personne séropositive sur cinq ignore son statut sérologique, ce qui non seulement accroît son risque de mortalité, mais aussi celui de contaminer d'autres personnes, tout moyen supplémentaire de dépistage précoce du VIH devrait a priori être accueilli avec enthousiasme. En collaboration avec l'Association pharmaceutique belge (APB), Axone Pharma et la société AAZ, qui a développé le produit, ont en effet annoncé la disponibilité dans les pharmacies, sans prescription médicale, d'autotest VIH, le premier autotest de dépistage d'une infection par le VIH. Mais encore faudra-t-il que l'information et la formation suivent en officine, comme nous l'a expliqué une pharmacienne.

De quoi s'agit-il?

Disponible en France depuis septembre 2015 et certifié par le label CE, autotest VIH est le premier autotest de dépistage du VIH commercialisé en Belgique, et le seul disponible à ce jour. Ce test sanguin, "très simple d'utilisation" dit-on (5 minutes de manipulation), livre au bout de 15 minutes un résultat fiable pour détecter une infection datant de plus de trois mois. Il est accompagné d'un kit avec une explication sur son utilisation et son interprétation. Il est vendu au prix recommandé de 29,9 €.

En pratique, comment cela se passe-t-il?

Le test est réalisé chez soi et ne nécessite aucune instrumentation spécifique autre que celle mise à disposition dans la boîte. A savoir: des notices illustrées, un autopiqueur pour obtenir la goutte de sang, un autotest avec dispositif de prélèvement intégré permettant de détecter les anticorps anti-VIH-1 et anti-VIH-2, et un pansement. A partir d'une goutte de sang prélevée par piqûre au bout du doigt, l'autotest VIH permet de dépister avec fiabilité une infection au VIH datant de plus de trois mois. Il repose sur la technique de l'immunochromatographie, c'est-à-dire que le sang au bout du doigt est aspiré par capillarité et entraîne une réaction colorée. Le résultat apparaît sous forme de bande au bout de 15 minutes.

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L'utilisateur doit lire attentivement la notice avant de commencer le test. Une vidéo de démonstration est disponible sur le site www.autotest-santé.com.

Comment interpréter les résultats?

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En cas de résultat d'autotest VIH positif, cela signifie que la personne est probablement infectée par le VIH. Le pharmacien conseillera au patient de consulter un médecin ou de se rendre dans un centre de dépistage. La personne doit faire un test de confirmation en laboratoire, se protéger et protéger les autres.

En cas de résultat négatif, si la dernière prise de risque remonte à plus de trois mois, le patient peut être rassuré sur son statut sérologique. Si dans les trois derniers mois, il y a eu une possibilité de contamination par le VIH, le patient ne peut affirmer sa séronégativité et doit consulter un médecin. Un test négatif ne signifie pas nécessairement que le(s) partenaire(s) de la personne infectée est (sont) non infecté(s) par le VIH.

Quelle est la fiabilité de l'autotest VIH?

Des études ont démontré que 100 % des personnes infectées ont été correctement détectées et 99,8 % des personnes non infectées ont été correctement détectées.

A qui est-il destiné?

Cet autotest s'adresse aux personnes souhaitant évaluer leur statut sérologique face à une exposition au VIH datant de plus de trois mois, le délai après une prise de risque pour une fiabilité maximale. "Il peut s'avérer utile pour une personne qui vit une relation stable depuis un certain temps, désire ne plus utiliser de préservatifs et souhaite réaliser le test elle-même afin d'éviter de se rendre dans une structure spécialisée ou chez un médecin", explique Alain Chassepierre, vice-président de l'APB. C'est aussi un outil particulièrement intéressant pour un public qui a l'habitude de se faire dépister et qui est lassé de se rendre tous les trois mois dans un centre.

Autotest VIH se présente comme "un outil supplémentaire et complémentaire pour les personnes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas recourir aux autres offres existantes". Une enquête menée lors de son lancement en France, sur 2057 autotests vendus entre le 15 et le 30 septembre 2015, montre qu'autotest VIH touche notamment une population qui ne serait pas dépistée autrement. Pour 40% des utilisateurs, il s'agissait en effet d'un premier dépistage. Parmi eux, 55% ont affirmé qu'ils ne seraient pas allés dans un centre de dépistage pour connaître leur statut.

Pourquoi y a-t-il tant de dépistages tardifs?

Les raisons sont nombreuses: précarité sociale et économique, estimation biaisée du risque couru, sentiment de ne pas être concerné, peur du résultat, de la maladie et/ou de la mort, anticipation de la stigmatisation, méfiance à l'égard du respect de la confidentialité du personnel soignant… Ou alors, freins organisationnels: manque d'accès au niveau géographique, horaires des services de dépistage…. "Le manque de formation des intervenants médicaux généralistes (médecins, gynécologues…) engendre aussi souvent des opportunités manquées au niveau du dépistage, rajoute Thierry Martin, de Plate-Forme Prévention Sida. L'autotest est un pas vers la réduction des dépistages tardifs, tout comme le serait un renforcement de l'accessibilité à des centres de dépistage anonymes et gratuits".

Quel est le rôle du pharmacien?

Le rôle du pharmacien apparaît comme primordial, "à la fois en amont du test pour s'assurer de la compréhension des enjeux, des limites et des techniques par l'utilisateur, explique la société pharmaceutique, mais également après le test, pour faciliter le lien vers la confirmation du test et le soin ou vers un soutien préventif. Le pharmacien est le professionnel de la santé compétent et reconnu pour accompagner une demande d'autotest VIH, en connaître le mode de fonctionnement, appréhender une situation à risque et savoir y répondre, orienter vers les dispositifs et structures de dépistage et de soins". Pour que les pharmaciens puissent jouer pleinement et discrètement ce rôle, ils ont accès à une formation, notamment via une fiche pratique et un module d'e-learning sur la dispensation de l'autotest VIH à l'officine, assure-t-on. Mais cela ne semble pas encore être toujours le cas…

Qu'en pense la pharmacienne?

"Nous n'avons jusqu'ici pas été informés, ni formés, nous affirme cette pharmacienne bruxelloise, quelques jours avant le lancement de l'autotest VIH. Or je pense que c'est plus qu'indispensable aussi bien au niveau technique, scientifique (mode d'emploi, délai d'utilisation...) que "psychologique" (comment accueillir une telle demande, mise en garde de faux positifs ou négatifs, comment réagir en cas de test positif...) Je pense aussi que ce genre de démarche nécessite une certaine confidentialité, et que ce n'est pas nécessairement possible dans toutes les officines. Mais un coin de confidentialité où pouvoir discuter plus à l'aise de certains sujets, c'est certainement une évolution de nos pharmacies. Cela dit, ces discussions prennent du temps et donc mériteraient un honoraire. Par ailleurs, je me pose la question du prix du test versus une consultation médicale et prise de sang. Enfin, il faut savoir que cet autotest est déjà disponible via Internet ...sans aucun accompagnement, évidemment".

Le VIH/Sida en quelques chiffres

En Belgique, depuis le début de l'épidémie, plus de 28 000 personnes ont été diagnostiquées séropositives. Et 14719 patients infectés par le VIH ont été suivis médicalement dans nos hôpitaux.

En moyenne, trois personnes sont diagnostiquées séropositives par jour dans notre pays.

La tranche d'âge des 25-49 ans est la plus touchée (72%).

L'âge moyen au moment du diagnostic est de 36 ans chez les femmes et 39,5 ans chez les hommes.

En 2014, 697684 tests VIH ont été réalisés, plus fréquemment dans le groupe des 25-34 ans et par des femmes.

Parmi les cas de VIH diagnostiqués en 2014, 36% des tests ont été effectués à la demande du patient et 38% en raison d'arguments cliniques.

Toujours chez nous, on estime que près d'une personne séropositive sur cinq n'est pas diagnostiquée.

Malgré les différentes options proposées pour se faire dépister, 38% des personnes VIH sont encore diagnostiquées tardivement. Le taux de dépistages tardifs atteint même plus de 50% en cas de contamination par rapport hétérosexuels.

Le temps moyen estimé séparant l'infection du diagnostic VIH est de 2,15 années.

En cas de dépistage tardif, le risque de mortalité est 16 fois supérieur à celui d'un patient diagnostiqué précocement.