Sciences - Santé

Et si, par un heureux hasard comme il en va souvent dans la recherche, on était en passe de trouver un vaccin contre la gonorrhée, cette infection/maladie sexuellement transmissible (IST/MST) de plus en plus difficile à soigner et plus connue sous l'appellation de "chaude-pisse"? 

C'est en tout cas ce que laisse entrevoir une étude publiée ce mardi dans la revue médicale The Lancet. Et cela, quelques jours après le signal d'alerte lancé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), soulignant l'urgence de trouver de nouveaux médicaments - et, à terme, un vaccin - pour traiter cette IST/MST, devenue de plus en plus compliquée, voire parfois impossible à traiter en raison de la résistance croissante aux antibiotiques.

Avoir été vacciné contre le méningocoque B réduit de 31% le nombre de cas de gonorrhée

Des travaux qui viennent d'être publiés, il ressort que des individus vaccinés contre le méningocoque B, bactérie responsable de méningites, sont moins susceptibles que les autres d'être infectés par la gonorrhée, L'étude se base en effet sur une vaste campagne de vaccination contre le méningocoque B réalisée en Nouvelle-Zélande entre 2004 et 2006, qui concernait un million de personnes. En examinant les données de 14 000 sujets, les auteurs de la publication ont découvert que le fait d'avoir été vacciné contre le méningocoque B réduisait de 31% le nombre de cas de gonorrhée.

Même si les maladies qu'elles causent sont très différentes, il se fait que les deux bactéries, Neisseria meningitidis et Neisseria gonorrhoeae, ont de nombreux points communs sur le plan génétique. Le méningocoque du groupe B possède un ADN commun à 80% à 90% avec celui de la bactérie responsable de la gonorrhée, estiment les scientifiques. Un lien entre les deux est donc "plausible".

Reste que "c'est la première fois qu'on observe une protection contre la gonorrhée grâce à un vaccin même si le mécanisme de cette réponse immunitaire est pour l'instant inconnu, a commenté l'un des auteurs de l'étude, le Dr Helen Petousis-Harris, de l'université d'Auckland. Il n'y aura pas de vaccin rapidement disponible pour le grand public. Mais nous disposons de plusieurs vaccins contre le méningocoque B, lesquels offrent une protection relative. Selon les prévisions, ils pourraient même créer une considérable différence, le temps qu'il faudra pour développer une option totalement efficace".


Une nouvelle piste pour le développement d'un vaccin

Pour information, le vaccin utilisé lors de la campagne en Nouvelle-Zélande - qui était destiné à combattre une épidémie de méningite - n'est plus disponible.

Il n'empêche, cette étude pourrait ainsi fournir "une nouvelle piste pour le développement d'un vaccin" contre la gonorrhée,estime The Lancet, en rappelant que "cet objectif n'a jusqu'à maintenant pas pu être atteint, malgré plus d'un siècle de recherche".

D'autres recherches restent cependant nécessaires, ont averti les chercheurs, afin de vérifier si les vaccins plus récents contre le méningocoque B ont un effet similaire sur la gonorrhée. "Si c'est le cas, le fait de les administrer à l'adolescence pourrait faire baisser le nombre de cas de gonorrhée", a estimé le co-auteur de l'étude, le Pr Steven Black, de l'hôpital pour enfants de Cincinnati auxEtats-Unis.


A savoir sur la gonorrhée

78 millions de personnes sont atteintes de gonorrhée chaque année, selon des estimations citées par l'OMS.

La gonorrhée, également appelée blennorragie, est une infection qui peut toucher les organes génitaux, le rectum et la gorge. Elle se transmet lors de rapports non protégés par voie orale, anale ou vaginale. Cette MST, qui peut provoquer l'infertilité, se répand rapidement.

Les femmes qui sont touchées courent un risque de maladie inflammatoire pelvienne, de grossesse extra-utérine et de stérilité ainsi qu'un risque accru d'infection par le VIH.