Sciences - Santé

Aussi simplement que l’on nous aurait annoncé l’arrivée en rayon d’une nouvelle confiture, voici l’intitulé du communiqué de presse "pour publication immédiate", tel qu’il nous est parvenu lundi matin : "Le fournisseur international d’analyses ADN Easy DNA Ltd (1) annonce le lancement en Belgique d’un nouveau test de paternité prénatal qui utilise une procédure non invasive et qui est donc sans aucun risque." Un test de paternité, soit, la démarche n’est plus aujourd’hui exceptionnelle. Mais prénatal, voilà qui soulève tout de même quelques questions. De quoi s’agit-il au juste ?

"Les méthodes utilisées précédemment dans les tests prénatals, tels que l’amniocentèse ou le CVS (échantillonnage des villosités choriales) impliquent une intervention médicale invasive pour pouvoir extraire le liquide de l’utérus. Ces procédures présentent des risques potentiels pour l’enfant, nous explique Carmen Fernández, de Easy DNA, grâce à ses nouvelles méthodes, notre test garantit une exactitude de 99,9 % en cas d’inclusion de paternité et 100 % en cas d’exclusion, sur simple prélèvement d’échantillons de sang et sans aucun danger pour l’enfant à naître ni pour la mère. Il peut se faire à partir de la 10e semaine de la grossesse, voire la 9e . La procédure du test consiste à analyser l’ADN fœtal libre circulant (cf DNA) isolé du plasma du sang de la mère avec les échantillons d’ADN de la mère et du père présumé."

"Plus de 317 000 marqueurs génétiques connus sous le nom de SNP (polymorphismes d’un seul nucléotide) sont analysés à l’aide de la technologie de puce à ADN, explique pour sa part Zachary Demko, directeur de recherche et développement chez Gene Security Network. Comme ces marqueurs changent d’une personne à l’autre, l’analyse d’un tel nombre de marqueurs permet d’obtenir une empreinte génétique individuelle. A l’aide d’un logiciel de bioinformatique, nous comparons ces empreintes pour confirmer ou infirmer la paternité."

Quid du coût de ce test de paternité prénatal qui peut être directement commandé sur le site Web de la société ? "Il s’élève à 1 200 €, poursuit notre interlocutrice. S’il doit être effectué avec deux pères présumés - ce qui est recommandé par notre société -, l’analyse est gratuite. Il suffit de payer pour les frais d’envoi en courrier prioritaire (150 € supplémentaires). Le prix global inclut un kit de prélèvement stérile, l’envoi en retour des échantillons de prélèvement au laboratoire, l’analyse des échantillons et l’envoi des résultats. Les honoraires du docteur, de la clinique ou du laboratoire utilisé pour faire les prises de sang sont à charge du client."

Quant aux résultats, "envoyés par e-mail ou par courrier postal, ils sont disponibles en cinq à sept jours ouvrables".

Voilà pour la procédure et les détails bassement pratiques

Reste la question éthique (2) que cette démarche implique, avec l’éventualité d’une interruption volontaire de grossesse. "A savoir si un tel test peut entraîner une IVG, c’est très discrétionnaire, estime Gilles Genicot, professeur de droit médical, avocat et membre du Comité consultatif de bioéthique, on ne demande pas véritablement quelles sont les motivations de la mère dans ce cas, or l’identité du père peut en être une. Si le médecin doit constater un état de détresse, cela reste une décision intime de la maman de poursuivre ou non sa grossesse. Cela dit, il existe d’importants aspects éthiques à ce genre de pratique que la société passe sous silence. Elle fait sa publicité autour de l’absence de risque médical, ce qui est certes important, mais pas suffisant. Dire que cette nouvelle technique est sécurisante n’est pas pour autant socialement souhaitable."

(1) Présente dans 25 pays, Easy DNA est spécialisée dans la prestation de services dans le domaine des tests ADN dans le secteur privé aussi bien que dans le secteur public.

(2) Le Comité consultatif de bioéthique a rendu le 13 novembre 2006 un avis fouillé (avis no 37) portant sur l’usage des tests ADN en matière de détermination de la filiation. Cet avis peut être consulté sur le site du comité (http://www.health.fgov.be/bioeth)