Sciences - Santé

De découverte en découverte, les chercheurs belges ne sont pas les derniers à contribuer aux avancées de la science en général et de la médecine en particulier. Des étapes qui semblent parfois encore bien loin du quotidien des patients mais qui, pourtant, s'avèrent essentielles dans le processus. Et donc, pour bien en appréhender les enjeux et l'importance, certains scientifiques ont l'art de recourir aux images afin d'illustrer et mieux faire comprendre leurs découvertes.

Friand de métaphores et d'analogies, le Pr Jean-François Collet, de l'Institut de Duve de l'UCL aime ainsi vulgariser ses recherches. Quand il ne parle pas de "forteresse, dont le donjon est entouré de murs d'enceinte où veillent des sentinelles" pour commenter ses découvertes en matière d'antibiotiques, le scientifique fait référence à l'eau de javel pour expliquer le rôle de l'hypochlorite, dans les derniers travaux qu'il vient de publier dans la revue scientifique Molecular Cell.

Le contexte

Depuis plusieurs années, le monde scientifique alerte sur le danger croissant que représente l'émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques. Cette menace est d'autant plus inquiétante que la survenue de grandes épidémies, comme on en a connu ces dernières décennies, n'est pas exclue. D'où la nécessité, pour ne pas dire l'urgence de trouver de nouvelles pistes ainsi que de nouvelles cibles afin de renforcer notre arsenal de défense. Ce à quoi s'emploient de nombreuses équipes de chercheurs à travers le monde. C'est ainsi que Jean-François Collet et son équipe ont mis au jour une nouvelle protéine, baptisée CnoX, qui joue un rôle majeur dans la défense des bactéries contre notre système immunitaire.

L'explication imagée de la recherche

Pour expliquer l'objet des travaux, les chercheurs de l'UCL s'en réfèrent à l'eau de javel, utilisée communément dans la vie quotidienne pour nettoyer sa cuisine ou sa salle de bain. Il en va de même dans le corps humain, poursuivent les chercheurs: "Pour lutter contre les bactéries, les cellules de notre système immunitaire produisent de l’hypochlorite, une molécule oxydante que l’on retrouve aussi dans l’eau de javel. L’hypochlorite attaque les bactéries en oxydant leurs protéines". Mais le problème est que les bactéries se défendent et les infections perdurent. C'est pourquoi Jean-François Collet et son équipe cherchent depuis des années de nouvelles pistes afin de renforcer notre arsenal de défense antibactérien.

© D.R.

L'étude en question

A l’époque doctorante au sein de l’Institut de Duve de l’UCL (et aujourd’hui postdoc au European Molecular Biology Laboratory en Allemagne), Camille Goemans a permis une avancée majeure dans ces recherches. En l'occurrence la découverte de la protéine bactérienne CnoX. Sa spécificité? "Au lieu d’être attaquée par l’hypochlorite (la javel), comme le sont les autres protéines bactériennes, CnoX (protéine appelée chaperonne) s’active, protège les bactéries de l’oxydation et aide les protéines endommagées à se replier correctement, expliquent les chercheurs. Une fois l’attaque terminée, CnoX transfère ses substrats à des chaperonnes capables d’utiliser l’énergie cellulaire pour replier correctement les protéines endommagées par l’hypochlorite".

Et ce n'est pas tout. "Produite par un grand nombre de bactéries, CnoX est la première protéine identifiée possédant à la fois une activité chaperonne et une activité protectrice contre l’oxydation, ont pu observer les scientifiques. Elle est essentielle à la survie des bactéries comme Escherichia coli, en présence d’eau de javel".

En clair et en conclusion

CnoX permet aux bactéries de survivre aux attaques de notre système immunitaire et ainsi aux infections de perdurer.

Et donc, parce que CnoX aide les bactéries à se défendre contre les cellules de notre système immunitaire, elle pourrait être une cible intéressante pour le développement de nouvelles molécules antibactériennes. Soit contribuer au développement de nouveaux antibiotiques.