Sciences - Santé Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé prône "la plus grande prudence" face à la lecture du génome complet.
 

C’est une technologie futuriste qui soulève des questions éthiques vertigineuses : les analyses dites "de génome entier" (Whole Genome Sequencing) permettent désormais de lire, d’un seul coup, l’ensemble des 20 000 gènes d’un individu à un prix qui concurrence déjà celui de certaines analyses génétiques classiques. Jusqu’ici, la plupart des analyses se concentraient sur tel ou tel gène pour répondre à une question précise : le patient est-il atteint de mucoviscidose dont il semble présenter les symptômes ? A-t-il le gène BRCA1/2 prédisposant au cancer du sein ? La lecture du génome complet répondra désormais… à des questions qui n’ont pas été posées. Autrement dit : en recevant le déroulé in extenso de tous les gènes de son patient, le médecin aura sous les yeux l’ensemble des anomalies génétiques dont il est porteur.

Que faire de ces informations inattendues ? Dans un rapport publié lundi, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) préconise d’avancer sur ce terrain avec "la plus grande prudence", vu "les enjeux financiers et éthiques considérables". Faut-il, par exemple, révéler au patient qu’il risque de développer une maladie grave dans le futur ? On considère en général que s’il existe des mesures préventives, la réponse est oui. Mais il est préférable de s’abstenir en cas de maladie contre laquelle on ne dispose pas de prévention ou de traitements efficaces, dit le rapport. La décision de communiquer ou pas ce genre d’information doit être prise avant d’effectuer les analyses, de commun accord entre le médecin et le patient, ajoute le KCE. Qui recommande de tester un projet pilote avant d’engager notre pays sur la voie des analyses "de génome entier".