Sciences - Santé Les antibiotiques vont doubler de prix. Certains sprays nasaux connaîtront une augmentation de 300 %.

En matière de santé, Maggie De Block a prévenu: elle a pris des mesures. Près de 900 millions d’euros d’économies budgétaires liées aux soins de santé sont annoncés par la ministre fédérale de la Santé.

Pour le patient, ces mesures vont avoir un impact financier considérable. En effet, le prix de certains médicaments abondamment prescrits et consommés va flamber.

Au début de l’année 2017, sans qu’il y ait toutefois de date précise (il n’y a pas encore de publication au Moniteur belge), des mesures grand public prendront leur effet. Elles concernent, entre autres, l’augmentation du prix des antibiotiques, antiacides et des sprays nasaux.

Antibiotiques

Maggie De Block a qualifié cette augmentation du prix d’un certain nombre d’antibiotiques prescrits de "toute petite mesure".

En réalité, elle change la catégorie Inami de certains médicaments comme l’Amoclane ou l’Augmentin pour réduire le remboursement. On passe de la catégorie B (75 % de remboursement) à la catégorie C (55 %). L’objectif énoncé par l’élue Open VLD est de réduire la consommation excessive de ces antibiotiques. Afin d’éviter une résistance aux bactéries et de ne prendre ces médicaments que lorsque c’est vraiment nécessaire.

Antiacides

Les personnes souffrant d’aigreurs et d’acidité gastriques, pouvant mener à l’ulcère sont traitées par des antiacides. Mais là aussi, on prend des mesures drastiques, peu favorables aux patients.

"Seuls les grands emballages de plus de 60 comprimés des antiacides au dosage le plus élevé ne seront plus remboursés", affirme la ministre de la Santé.

La boîte de 100 comprimés Pantomed, par exemple, coûtera 34,14 euros dès avril 2017 au lieu des 9,11 euros qu’il fallait débourser en 2016.

La boîte de 50 comprimés, quant à elle, devrait revenir à 12,24 euros au lieu des 6,81 euros actuellement demandés.

"Pour les patients souffrant du syndrome de Zollinger-Elisson, les comprimés sont entièrement remboursés" , poursuit la ministre.

7 sprays nasaux

Maggie De Block a fait le choix de ne plus rembourser des sprays nasaux décongestionnantsà base de cortisostéroïdes. Elle évoque, là aussi, une surconsommation dangereuse, se basant notamment sur une étude menée par les universités de Gand et de Liège, qui révélait que 49 % des patients utilisent des sprays nasaux décongestionnants de manière excessive.

Le fait de ne plus rembourser sept sprays nasaux anti-inflammatoires à base de corticostéroïdes devrait être à l’origine de 15,3 millions d’euros d’économies en 2017.

Ces sprays, disponibles en vente libre, ne seront plus remboursés. Dans certains cas, cela fera une augmentation de 300% du prix, voire 500%. La ministre de la Santé a tout de même précisé que ces sprays anti-inflammatoires resteront aussi vendus sur prescription et donc avec intervention de l’Inami dans le cadre du traitement de maladies chroniques.

© IPM

Des dangereuses publicités

La surmédication et l’automédication sont parfois liées. Les médicaments en vente libre peuvent être l’objet de publicités à la télévision et dans les journaux. En hiver, les sirops pour la toux, les pastilles pour la gorge et autres sprays décongestionnants sont les stars des spots télévisés.

Test-Achats le déplore. "Les médicaments sont présentés comme de véritables remèdes miracles. À tort", faisait-elle savoir par voie de communiqué. "Les médicaments ne sont pas des produits ordinaires. Même ceux en vente libre, qui peuvent eux aussi avoir des effets secondaires ou être mal utilisés", avertit Test-Achats.

L’organisation de défense des consommateurs souhaite que ce type de réclames publicitaires soit interdit. "En automne et en hiver, le consommateur voit par exemple défiler les publicités vantant des pastilles et des sirops contre la toux et le mal de gorge", lit-on . " De telles publicités élogieuses sont même en contradiction avec la loi, qui impose que les médicaments soient présentés de manière objective et exacte."

"On prend les patients en otage"

Pour Jean Hermesse de la Mutualité chrétienne, il faut agir sur les médecins.

"En Belgique, selon les statistiques, on est de gros consommateurs, voire surconsommateurs d’antibiotiques", admet Jean Hermesse, secrétaire général de la Mutualité chrétienne (MC). "On consomme deux fois et demi plus d’antibiotiques que nos voisins des Pays-Bas!"

Il reconnaît qu’il y a "un réel problème de surconsommation qui peut mener à divers problèmes de dépendance et de risques de résistance aux bactéries."

Mais, selon lui, le gouvernement se trompe de cible: "Ces médicaments sont disponibles via ordonnance. Les patients ne les achètent pas de leur propre chef. Il faut encore plus agir sur les prescriptions des médecins. Le corps médical doit être sensibilisé. Il faut une prise de responsabilité. On prend les patients en otage."

Il regrette que le malade doive payer la facture. "L’idée, c’est de diminuer les prescriptions de ces médicaments", ajoute-t-il. " Pas d’augmenter leur prix."

Car la hausse des prix a indéniablement un impact négatif sur la bonne adhérence aux traitements médicaux. "Le coût des médicament pose un problème dans l’accès aux soins de santé", ajoute le secrétaire générale de la MC.

Le fait que certains sprays nasaux à base de corticoïdes soient mis en vente libre va peut-être "agir sur la consommation. La question est de savoir si ceux qui sont mis en vente libre sont les plus performants. Une utilisation longue durée de certains de ces sprays a des effets négatifs sur la santé. Cela peut mener à une surconsommation de médicaments." Ce que la ministre souhaite éviter...

"Certaines mesures sont débiles"

Sofie Merckx déplore les décisions de Maggie De Block sur des sujets vitaux.

Sofie Merckx, conseillère communale PTB à Charleroi et médecin à Médecine pour le Peuple à Marcinelle, est contre l’augmentation du prix des médicaments.

"Les antibiotiques sont disponibles via ordonnance médicale", rappelle-t-elle. "C’est un traitement vital quand il est nécessaire. On doit le prendre tout de suite. Pour faire baisser la surconsommation, il faut influencer les prescriptions des médecins. Aux Pays-Bas, il y a moins d’antibiotiques consommés et ils sont moins chers. C’est dans ce sens-là qu’on doit agir!"

Les patients pourraient éviter d’acheter des traitements onéreux. "Il ne faut pas attendre une semaine avant d’acheter un antibiotique. Il faut le faire immédiatement. Les infections peuvent empirer et cela aura un plus gros impact financier."

Les sprays en vente libre constituent un danger selon elle: "Les sprays à la cortisone ne sont pas à utiliser dans le cadre d’un simple rhume. De plus, comme le flacon de vasoconstricteurs est moins cher que celui du spray à la cortisone, les patients qui doivent être traités à la cortisone risquent de se tourner vers les vasoconstricteurs. Cela serait dangereux, puisque le rhume des foins, par exemple, dure plusieurs semaines. Un tel traitement risquerait donc justement de provoquer une dépendance."

Au sujet des anti-acides, elle affirme que l’affaire est "plus complexe. Selon la décision, la petite boîte serait remboursée, mais pas la grande... C’est débile! Dans certains cas, ils sont prescrits et limitent l’apparition d’ulcères et donc d’hospitalisations!"