1.000 personnes en détention provisoire, menacées de prison

AFP Publié le - Mis à jour le

Le régime militaire en Birmanie a accusé mardi les personnes ayant participé aux manifestations contre la vie chère d'avoir mis en péril l'économie et a menacé de prison tout individu ayant enfreint la loi.

Revenant sur le mouvement de protestation déclenché à la mi-août et qui a culminé les 24 et 25 septembre avec des défilés de dizaines de milliers de personnes à Rangoun, le quotidien officiel New Light of Myanmar n'a pas hésité à affirmer que les manifestants étaient responsables de l'aggravation des conditions de vie.

"Etals, restaurants et magasins ont dû être fermés. Des journaliers ont perdu leur travail", a affirmé le journal, contrôlé par la junte, sans faire mention des aspirations démocratiques des manifestants. "Par conséquent, les moines (bouddhistes) et les protestataires civils qui sont descendus dans les rues sous prétexte d'augmentations de prix des carburants et des denrées ont été perçus par la population comme étant ceux qui la rendaient plus pauvre", a ajouté le quotidien officiel birman.

Par ailleurs, le journal a mis en garde les quelque 1.000 personnes encore détenues depuis la répression du mouvement contre les graves conséquences de leurs actes. "Toute personne détenue pour avoir enfreint la loi doit être inculpée et aller en prison si elle est reconnue coupable", a-t-il affirmé. En dépit de ce ton très ferme, le New Light of Myanmar a également mentionné mardi la nomination d'un officier de liaison chargé des relations avec la principale opposante Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence.

La junte militaire birmane a nommé un responsable chargé d'entretenir des "relations" avec l'opposante Aung San Suu Kyi, avait annoncé lundi la télévision d'Etat alors que l'ONU va étudier un projet de déclaration condamnant la "violente répression" des manifestations. Le chef de la junte, le généralissime Than Shwe, a chargé Aung Kyi, ministre adjoint du Travail, "de poursuivre les relations avec Daw Aung San Suu Kyi dans l'avenir", a indiqué la télévision.

L'envoyé spécial des Nations unies en Birmanie, Ibrahim Gambari, qui s'est rendu dans le pays la semaine dernière, avait recommandé que la junte désigne un responsable pour maintenir des contacts avec l'opposante, a poursuivi la télévision.

Prix Nobel de la Paix, Mme Suu Kyi, dont le parti avait largement remporté en 1990 des élections pluralistes mais qui n'a jamais été autorisée à gouverner, est en résidence surveillée à Rangoun. Âgée de 62 ans, l'opposante au régime a été privée de liberté pendant la majeure partie des 18 dernières années. La junte au pouvoir a peu de contacts avec elle.

Than Shwe avait fait savoir la semaine dernière qu'il pourrait s'entretenir personnellement avec Mme Suu Kyi, posant toutefois comme condition qu'elle abandonne sa politique de "confrontation" et de soutien à la politique occidentale de "sanctions". La télévision a utilisé le titre honorifique de +Daw Aung San Suu Kyi+ pour se référer à elle, alors qu'elle est d'habitude présentée seulement par son nom.

Cette nomination intervient alors que les représentants des 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU devaient se pencher lundi, au niveau des experts, sur un projet de déclaration condamnant "la répression violente" exercée contre les manifestants birmans. Le texte appelle à la libération des prisonniers politiques, dont la chef de l'opposition, Aung San Suu Kyi. Le projet de déclaration, qui n'est pas contraignant, a été soumis vendredi par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France aux autres membres du Conseil, après un compte-rendu de l'envoyé spécial de l'ONU en Birmanie Ibrahim Gambari de sa visite dans ce pays.

Des diplomates à New York ont estimé que le texte pourrait être édulcoré à la demande de la Russie, de la Chine et peut-être aussi de l'Indonésie, pour pouvoir être adopté à l'unanimité. Au cours de la semaine dernière, la Birmanie avait tenté d'amadouer la communauté internationale en annonçant des initiatives qui se voulaient spectaculaires.

Lundi, les médias d'Etat avaient annoncé que la junte avait fait des dons en nourriture et en médicaments pour un montant de plusieurs milliers de dollars aux monastères de Rangoun, dans une tentative apparente de réconciliation avec les moines.Au cours du week-end, la junte a annoncé avoir libéré plus de la moitié des 2.171 personnes arrêtées lors de la répression des manifestations et affirmé que près de 400 moines, sur 533 ayant été arrêtés, avaient été "renvoyés dans leurs monastères respectifs".

Les Etats-Unis ont menacé les généraux birmans au pouvoir de sanctions de la part de l'ONU, dont un embargo sur des armes, s'ils continuent à user de la force pour réprimer le mouvement de contestation. Mais la Chine et la Russie, qui estiment que la protestation relève des affaires intérieures de la Birmanie, pourrait user de leur droit de veto comme elles l'ont déjà fait en janvier.

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