Michel Armengot (Toulouse, 16 septembre 1961) est un habitué des Francofolies de Spa, où il chante pour la cinquième ou sixième fois. Sous le nom d’Art Mengo, il a publié neuf albums, dont le dernier en date est à son image : "Sujet libre". Il a aussi écrit la musique pour de nombreux interprètes, dont Maurane, Johnny Hallyday ("Ça ne change pas un homme"), Henri Salvador, Florent Pagny, Jane Birkin. Propos à lire avec l’accent midi-pyrénéen à l’esprit.

Là, en arrivant à Spa, vous dites que vous sortez de votre bulle…

Je me suis mis en campagne, en face d’un bois, dans la région toulousaine. Je ne voulais pas trop déranger avec les prises de batterie et de violon. Du coup, je me suis installé un studio en dessous de la maison, dans ce qui était le garage. Cette pièce donne sur le bois. Elle est en plein jour, c’est plutôt sympa quand on sait que, généralement, les studios sont en pleine nuit. Les oiseaux viennent faire le bœuf de temps en temps avec nous. Je sais que les musiciens sont très contents de venir enregistrer. Les gens qui ne connaissent pas trop ce milieu-là ne se doutent pas mais, normalement, on est éclairés au néon, et c’est un peu fatigant, usant à la longue. Avec l’ âge, j’aime bien être calé au niveau horaire. J’ai un peu moins tendance à travailler la nuit, je préfère voir toutes ces couleurs évoluer dans la journée, c’est un bon repère.

Vous êtes sensible à cette question de la lumière ?

Aujourd’hui. Avant, je m’en foutais complètement. Maintenant, j’aime bien savoir où j’en suis dans la journée, ce qui m’inspire pas mal. Le temps qu’il fait aussi. J’ai quand même repéré les oiseaux, palombes, etc. Je sais où ils nichent. C’est bien de vivre avec eux, puisqu’ils viennent dans mon jardin. Ma femme fait pareil, et j’imagine que ça doit inspirer dans la musique. C’est un peu comme un cercle familial : je sais que l’été, j’ai un couple de loriots qui arrive. Ce sont des oiseaux tout jaunes, assez rares et vachement beaux. Quand je les vois passer dans la journée, c’est bête, mais je suis content. Finalement, il suffit de peu, quand on sait la rareté des choses, quand on les voit vivre, quand on se renseigne et qu’on connaît un peu leur valeur.

Dans “Sujet libre”, la chanson “Randonnée en famille” raconte la migration de vos parents. Quelle influence cela a-t-il eu sur votre vie ?

Peut-être dans notre caractère. Les gens déracinés se replient sur le cercle familial. On s’est retrouvés entre nous; mon père travaillait sur des chantiers, avec d’autres Espagnols. Il y a une façon de s’isoler et une façon de ne pas faire de vague non plus. On ne voulait pas trop déranger. Mes parents nous disaient de ne surtout pas faire de bêtises, de ne pas se faire remarquer, car on n’est pas chez nous. Finalement, nous avons hérité un peu de cette gêne à faire des démarches, à aller vers les autres.