Entretien

Anne Coesens : son nom ne vous dit peut-être pas encore grand-chose et pourtant cette actrice bruxelloise au métier déjà solide pointe son talent un peu partout. Fan de séries américaines, elle est au générique de la série "Reporters", produite par Canal+. On l'a vue aussi au Festival du court métrage de Bruxelles dans "Ni oui, ni nom" de Delphine Noels. Mais, surtout, elle brille dans "Cages", premier long métrage d'Olivier Masset-Depasse (lire en "Libre Culture"), où elle joue Eve, amoureuse folle de Sagamore Stevenin.

Fidélité

Ce premier rôle est le juste retour d'une fidélité sans faille, le réalisateur prometteur et l'actrice ayant déjà collaboré sur trois courts métrages. "Olivier a une sensibilité féminine incroyable. Il écrit des personnages féminins étonnants" , dit-elle. La rencontre, en 1997, faillit ne pas avoir lieu. " C'est grâce à une amie d'enfance qui faisait les costumes sur le film de fin d'études d'Olivier. Elle m'a dit qu'il cherchait une actrice, a insisté pour que je me présente. J'étais déjà à Paris à l'époque et j'hésitais un peu à revenir pour un court métrage. Finalement, je suis venue et ce fut une très belle rencontre."

Son hésitation peut se comprendre. A l'époque, Anne Coesens, quoique peu exposée, a déjà un joli parcours et un sacré bagage. Les planches, elle les brûle depuis toute petite. "Le théâtre est venu très tôt. Par le biais d'une amie, je me suis retrouvée dans une troupe de spectacles pour enfants faits par des enfants, "La Ribambelle". Ce fut d'abord une découverte puis jouer est devenu quelque chose de naturel." Pendant sa scolarité, elle continue la scène. Mais un père ingénieur commercial, une mère ancienne secrétaire de direction, ça incite au pragmatisme. "J'ai eu un accord tacite avec mon père : je faisais des études commerciales et, parallèlement, il me laissait entrer au Conservatoire de Bruxelles." Pendant ses trois dernières années d'unif, Anne Coesens alterne scène et amphis. A l'arrivée, le théâtre prend le dessus.

L'aspirante actrice "monte" à Paris où elle s'inscrit au Conservatoire. "J'ai suivi le cours de Philippe Adrien en première année. Avec un groupe de cinq autres étudiants, nous nous sommes attachés et nous avons fait les trois années avec lui." S'ensuivent des débuts au Théâtre de la Tempête, que dirige Adrien. Si elle avait déjà tâté du cinéma - une participation en 1986, à 18 ans, dans "La Puritaine" de Jacques Doillon - c'est par la télévision qu'elle vit son premier "rapport à l'image". Elle joue en 1997 dans "Une soupe aux herbes sauvages", avec Rufus et Annie Girardot. "La télé c'était encore le diable pour les gens de théâtre. Moi, ça m'a redonné envie." Redonné ? "Après neuf ans, avec des gens du même âge, dans une forme de compétition, face aux angoisses que ça implique, j'ai eu une période de doute. J'avais perdu confiance."

Pas de hasard

Alain Berliner la fait jouer dans son court métrage "Le jour du chat", puis dans "Ma vie en rose". Suit "Pure Fiction" de Marian Handwerker, mais c'est la rencontre avec Olivier Masset-Depasse qui est décisive. Après "Kosmos", il refait appel à elle pour "Chambre froide" puis "Dans l'ombre", où elle côtoie Kris Cuppens, acteur/collaborateur fétiche de Joachim Lafosse. "Olivier motive ses comédiens, les pousse dans la recherche de leur rôle, leur donne confiance. Il est très précis dans sa direction d'acteur, obsessionnel jusqu'au détail, passionné." Sa technique ? "Il pose des tas de questions sur les personnages auxquelles il faut répondre. Puis, il confronte chacun. Ça se nourrit, on s'apporte chacun des choses. Au moment du tournage, s'impose alors sa vision de metteur en scène. On rentre dans un cadre, dans une lumière. Rien n'est laissé au hasard, tout est justifié, et toujours à bon escient."

Ayant mis le théâtre entre parenthèses depuis la naissance de son fils, elle sent que monter sur les planches la "démange" à nouveau. Avec une possible deuxième saison de "Reporters", un nouveau projet de long métrage pour Taylan Barman ("Au-delà de Gibraltar"), sans compter qu'Olivier Masset-Depasse ne devrait pas s'arrêter en si bon chemin, il ne vous reste plus qu'à retenir son nom.