LA STATUE COLOSSALE DU PLUS GRAND DES PHARAONS, qui trônait au centre de la capitale égyptienne, a effectué dans la nuit de jeudi à vendredi un long exil controversé du centre hyperpollué du Caire vers le quartier des Pyramides. «Ramsès nous aurait maudits dans sa tombe si nous n'avions pas sorti sa statue de cet inimaginable chaos de pollution et de laideur», a déclaré, jeudi, Zahi Hawass, secrétaire général du Conseil supérieur des antiquités.

Après 10 ans d'hésitations et d'études, c'est dans la nuit que le colosse en granit rouge de 100 tonnes a quitté définitivement son socle, face à la gare centrale, où il avait été érigé il y a un demi-siècle. Installée là par Nasser dans une grande célébration nationaliste, la statue, devenue grise de crasse, était étouffée au milieu d'une jungle de rues défoncées et d'autoponts empruntés par un million de voitures par jour. Haute de 11 mètres, elle a voyagé en position verticale, enveloppée dans une structure protectrice de fer remplie de mousse pour absorber les chocs, et dressée sur un immense convoi motorisé long de 30 mètres.

Cette opération spectaculaire et risquée a été filmée toute la nuit en direct par la télévision égyptienne, et des centaines de milliers de cairotes devaient la suivre tout au long des 30 kilomètres du trajet. Le cortège a cheminé à 5 km/h dans les artères du Caire jusqu'au site du futur grand Musée égyptien, en bordure du désert, près des Pyramides.

Certains ont critiqué le coût du transfert, entre 6 et 7 millions de livres, soit environ 1 million d'euros, ou encore une atteinte à l'identité du centre-ville avec l'éloignement de ce monument symbole. C'est au pied de la statue de Ramsès II que se déroule une des plus belles scènes amoureuses du film culte de Youssef Chahine, «Gare centrale» (Bab al-Hadid, porte de fer en arabe), sorti en 1958. «Tous les Egyptiens connaissent la scène, mais cela fait belle lurette que la place a tourné à l'enfer. Pauvre statue, il valait mieux qu'elle parte», a dit le cinéaste Yousri Nasrallah, un proche ami de Chahine.

© La Libre Belgique 2006