A mi-chemin entre Bruxelles et Anvers, la silhouette du Fort de Breendonk, un des camps SS les mieux préservés d'Europe. Le 20 septembre 1940, les premiers prisonniers arrivaient à Breendonk. En septembre 1944, quatre ans plus tard, au moins 3532 hommes et femmes (une trentaine) auront transité par ces murs, mais 1733 d'entre eux n'auront pas survécu à la guerre. Au moins 185 prisonniers seront exécutés... En 1947, le Fort de Breendonk devenait un Mémorial national. Dans l'esprit du législateur, il s'agissait de veiller à la conservation du site, de perpétuer le souvenir et de favoriser l'éducation patriotique de la jeunesse. Dans les années 50, un petit musée y est installé; on y diffuse des témoignages sonores d'anciens prisonniers.

Dans l'immédiat après-guerre, plus de 100000 personnes viennent chaque année visiter le Fort. Mais au fil des décennies, ce nombre diminue. Une rénovation du parcours, avec l'appui des nouvelles technologies, s'avérait indispensable. En juin 2003, le Mémorial national, devenu établissement public placé sous la tutelle du ministre de la Défense, fait peau neuve. La restauration, dans le respect absolu du site historique, coûtera 100 millions de francs belges. Le résultat est édifiant: enrichi d'un parcours historique remanié, le Mémorial superbement rénové présente la réalité du quotidien des prisonniers incarcérés à Breendonk. «Il se veut le haut lieu de la mémoire de la résistance à la barbarie nazie, mais aussi un endroit, exceptionnel, de formation à la citoyenneté responsable et un outil de lutte contre tous les totalitarismes», déclarait le ministre PS de la Défense, André Flahaut, lors de l'inauguration du site rénové. «On a voulu rendre l'endroit plus attrayant, mais dans le respect historique absolu. L'authenticité des lieux a été parfaitement conservée. Il n'était pas question d'abattre un mur ou d'ajouter une sculpture», insiste Olivier Van der Wilt, conservateur du Fort de Breendonk. Le Mémorial est aussi un bel outil de transmission, aux jeunes générations, des sacrifices et des souffrances de ceux qui sont morts pour garantir nos libertés. En 2003, 61000 personnes ont visité le Fort de Breendonk, dont deux tiers d'élèves de tout le pays. Si, précédemment, les ex-détenus du camp de Breendonk servaient de guides, l'âge avançant, il n'y a quasi plus d'anciens pour mener les visiteurs à travers les couloirs, les chambrées, les salles de douche, de torture,... «On organise donc des séminaires, sous forme de visite guidée approfondie, à l'adresse des enseignants. Les professeurs prennent ainsi le relais», poursuit le conservateur. Plus de 200 enseignants, néerlandophones comme francophones, sont ainsi «qualifiés» pour guider leurs élèves dans un parcours qui fait comprendre, très concrètement et mieux que tous les discours, les conséquences néfastes pour la liberté et la démocratie des politiques racistes et identitaires.

La clôture de barbelés qui entoure le site de Breendonk n'existait pas en septembre 1940, quand l'ancien fort de l'armée belge devint un camp de la police politique allemande. Le drapeau belge flotte aujourd'hui au-dessus de l'entrée du Fort marqué par la terreur nazie. «Respectez ces lieux. Des hommes y ont souffert pour que vous viviez libres.» Mais comment oserait-on attenter à la mémoire du camp qui, d'emblée, impose sa terrible atmosphère? Il suffit de faire trois pas dans le Fort et l'horreur nazie saute au visage. Dès l'entrée à Breendonk, le prisonnier cesse d'être humain pour devenir un numéro, une chose, un objet. Dans le tunnel, où un «comité d'accueil» SS attend les nouveaux, les ordres sont braillés en allemand. Les prisonniers doivent se tenir debout, face au mur, parfois pendant des heures. On imagine aisément la scène. A l'extérieur, une photo géante reproduit la réalité de 1944: le «chantier», où les détenus étaient forcés de travailler 8 heures par jour. Un travail sans aucune utilité, débilitant, épuisant, consistant à enlever des couches de terre et, surtout, à miner les corps et les esprits.

Une telle visite devrait obligatoirement être inscrite dans tous les programmes scolaires. Pour que, jamais, on ne tire un trait sur l'horreur nazie, qui a aussi touché la Belgique.

Le Mémorial national du Fort de Breendonk est ouvert tous les jours (sauf le 1erjanvier, le dernier dimanche d'août et le 25 décembre), de 9h30 à 17h30 (dernière admission à 16h30). Adresse: Brandstraat, 57 à 2830 Willebroek, tél.: 03.860.75.25, fax: 03.866.53.91.

Webhttp://www.breendonk.be

© La Libre Belgique 2004