Littérature et cinéma

"Survivre avec les loups": Trop beau pour être vrai ?

Il y a quelques mois, sortait "Survivre avec les loups". Si le film a bien marché en salles, c'est non seulement pour ses qualités intrinsèques, mais sans doute aussi pour son côté "document". Le film était en effet adapté du roman "autobiographique" homonyme publié pour la première fois en français en 1997 par Misha Defonseca. Ce récit d'une petite juive partie à pied vers l'Est en 1941 pour tenter de retrouver ses parents et recueillie par une meute de loups dans les forêts polonaises offre évidemment une belle métaphore sur la barbarie de la Seconde Guerre mondiale, mais l'histoire se résumerait-elle finalement à un conte ? Quand nous interrogions Véra Belmont à ce sujet en novembre dernier, la réalisatrice affirmait y croire : "C'est une enfant qui raconte ça, il n'y a pas de témoins. Alors, certainement, il y a des choses qui sont peut-être exagérées avec le temps, d'autres occultées. [...] Mais je crois que ce qu'elle raconte est désespérément vrai." Reste que depuis quelques jours, la polémique a refait surface, des historiens, mais aussi la propre éditrice américaine de Misha Defonseca, affirmant que cette autobiographie avait tout d'une "escroquerie" , allant jusqu'à publier l'acte de baptême catholique de Monique Dewael, née à Etterbeek le 2 septembre 1937. Si ses parents furent bien arrêtés le 23 septembre 1941, c'est non parce qu'ils étaient juifs mais résistants et, en 1943, la petite fille n'aurait pas été avec des loups en Pologne mais scolarisée à Schaerbeek... Dans "Le Soir" de lundi, l'auteure belge se disait "extrêmement blessée par ce qui se passe et par les accusations portées" contre elle et avoir contacté l'avocat Uyttendaele. De quoi jeter définitivement le trouble sur un récit peut-être trop beau pour être vrai.