Scènes

Vincent Dupont, la fureur et le bruit

des capteurs sonores, une voix inarticulée, le volume qui monte, qui monte, jusqu'à la tronçonneuse - qui laisse derrière elle un décor dévasté et une odeur entêtante de carburant -, voilà comment le Français Vincent Dupont habite "Hauts cris (miniature)" (2005), présenté au Kunstenfestivaldesarts.

Haute étrangeté d'un spectacle-ovni, répertorié en danse, imaginé par un acteur et metteur en scène qui, ici, crée un univers visuel singulier dans la banalité bourgeoise d'une salle à manger - table, chaises, buffet, tableau au mur - où d'abord, dans la pénombre, rôde quelque chose, quelqu'un. La longue silhouette du danseur-acteur se redresse. Légèrement sous-dimensionné, le décor accentue la taille de l'humain qui y déambule, bouscule le mobilier, semble vouloir traverser les murs de ce monde trop petit, étouffant. Le sol, les objets, son corps lui-même portent des capteurs : les sons, borborygmes, cris, frottements, amplifiés, se répercutent jusqu'au magma sonore, à la surexposition acoustique - sous une lumière croissante, blanche, aussi implacable qu'impénétrable.

Lorsque, étrangement lent dans sa fureur, il aura évacué les meubles encombrants, saccagé les murs, démoli la fenêtre, il fera résonner un tronc creux tandis que s'y inscrivent les vers extraits des "Tragiques" et du "Printemps" d'Agrippa d'Aubigné. "Je vous en veux à vous, apostats degeneres / Qui leschez le sang frais tout fumant de vos peres / Sur les pieds des tueurs (...)" Dans l'air apaisé gronde encore la colère.

Kunstenfestivaldesarts, divers lieux à Bruxelles, jusqu'au 31 mai.

"Hauts cris (miniature)" aux Halles de Schaerbeek, encore le 23 mai à 20h (de 10 à 15 €, durée : 50 min. env.). De Vincent Dupont également au festival : "Incantus" (Halles, du 25 au 27 mai).

Tél. 070.222.199, Web www.kfda.be