Théâtre

La mort d’un grand : Marc Liebens

Nous avons appris hier soir le décès à 74 ans, en Suisse, du metteur en scène belge Marc Liebens, directeur de l’Ensemble théâtral mobile, une très grande figure des scènes belges et européennes. Frédéric Dussenne, pourtant de la génération suivante des metteurs en scène, était ému à cette annonce : "C’était quelqu’un de passionnant, d’extrêmement intelligent. Son influence dès les années 70 fut déterminante. Il a posé tous les jalons du jeune théâtre." Si Jacques Huisman, l’inamovible directeur du National, lui donna le goût du théâtre, il s’en détacha et réinventa le théâtre en créant le théâtre du Parvis en 1970. Il sort alors résolument de la dramaturgie traditionnelle et du naturalisme tout en réintroduisant le texte dans le théâtre contemporain. C’est un météore qui révolutionne tout. C’est lui qui traduit les pièces de Pasolini, qui fait connaître Heiner Müller avec Hamlet Machine et Quartett, qui monte des auteurs belges comme Louvet et Piemme mais surtout Michèle Fabien qui fut sa compagne et dont il assura la mise en scène de tous les textes. Ce qu’on a appelé le jeune théâtre (Philippe Van Kessel, Philippe Sireuil, etc.) a grandi sous son aile. Quand Van Kessel dirigea le National, Liebens y créa plusieurs spectacles marquants. Son parcours belge ne fut pas sans problème. Il connut de grosses difficultés administratives avec la Communauté française quand il dirigea le Théâtre Marni (où il créa "Une paix royale" de Pierre Mertens). Il s’installa alors en Suisse où il collaborait avec le Théâtre du Grütli de Genève, où il vient de créer un nouveau spectacle autour de Marguerite Duras. Un très grand nom nous a quittés. G.Dt