Entretien

Francis Gomez est le président des métallos de la FGTB (Liège-Luxembourg). Il est connu pour son franc-parler. Et il ne fait pas d’exception ici

Quand allez-vous rencontrer la direction pour le conseil d’entreprise ?

Je ne sais pas où elle est cachée Les dirigeants nous ont convoqués le matin et on ne les a plus vus. Ensuite, ils ont voulu nous faire venir à Bruxelles pour tenir une réunion. Sans doute derrière des barbelés ou dans un fort de la Première Guerre mondiale Mais on veut qu’ils s’expliquent à Liège.

Faut-il chercher un repreneur désormais ?

ArcelorMittal ne veut plus de nous et ils nous flinguent la phase liquide. Cela va entraîner la disparition de la phase à froid. Alors on est obligés d’aller voir ailleurs. Une solution, c’est de nationaliser la sidérurgie à Liège. Cela fait trois siècles que l’on fait de l’acier à Liège et on n’a jamais eu besoin des Allemands, des Français et encore moins des Indiens pour ça.

Est-ce vraiment fini ? Ou bien s’agit-il d’une stratégie du groupe pour obtenir autre chose ?

Je pense que c’est vraiment fini. Ils ne peuvent pas faire une annonce pareille puis dire ensuite qu’ils vont maintenir l’outil. Ce serait ridicule. Les dirigeants d’ArcelorMittal affirment que le marché est compliqué et que les perspectives sont mauvaises pour les sept prochaines années. Je n’y crois pas un seul instant. Tout ce qu’ils veulent - ils l’ont d’ailleurs reconnu - c’est continuer à concentrer leur production dans les pays émergents en vidant de sa substance la sidérurgie européenne. En Europe, la stratégie à terme est de n’y laisser que des petites unités pour alimenter le marché local. On parle de Liège pour le moment mais il va y avoir une longue série de fermetures

Y aura-t-il une réaction syndicale européenne ? La solidarité des travailleurs va-t-elle l’emporter sur la rivalité entre les sites ?

Je l’espère, même si c’est compliqué. Mais je reçois des signes qui me laissent penser que ce sera le cas. A Dunkerque, les travailleurs savent bien qu’ils n’ont pas la capacité d’alimenter, en plus du reste, le site de Liège et que cela veut dire qu’il y aura d’autres fermetures.

Les travailleurs de Liège ont consenti de lourds sacrifices ces dernières années pour continuer à travailler. C’était vain ?

ArcelorMittal a stoppé les investissements dans le chaud et ses dirigeants vont faire la même chose avec le froid. Ils vont nous faire crever petit à petit dans un show à l’américaine ! Désormais, nous n’avons plus rien à perdre.