Cage, le son et l’image

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

A Lyon

On peut se demander pourquoi un musée d’art contemporain décide d’organiser une exposition consacrée à John Cage, un compositeur. Et s’interroger sur la manière de le faire, ce qui revient à donner à voir les sons autant qu’à les entendre. Certes on ne pouvait passer à côté du centenaire de la naissance de Cage tant il représente un moment charnière dans l’histoire de la musique et de l’art.

Thierry Raspail, le directeur du Mac et initiateur de cette expo, n’a pas voulu se transformer en organisateur de concerts, il a donc recherché une autre piste et ce fut celle de l’évocation avec l’admiration de Cage pour un autre compositeur, Eric Satie, qui fut retenue. L’expo confiée à Laura Kuhn est donc une immersion sonore et culturelle dans le monde de John Cage (L.A. 1912 - N.Y. 1992) avec en appoint une installation de La Monte Young et des propositions de "Partitions" et "Events" de George Brecht sans négliger les constructions de Richard Buckminster Fuller qui collabora avec Cage. Quatre expos en une qui constituent un tout car s’y mélange en différentes disciplines un même esprit d’expérimentation avant-gardiste qui a modifié profondément les conceptions, la pensée et les frontières artistiques.

Cage, avec quelques autres, en prenant précisément appui sur Satie, a associé sons et musiques, bruits et musicalité, silence et sonorité, composition et aléatoire, également le trio musique, chorégraphie et arts plastiques dans des formes d’expression auxquelles participaient les Merce Cunningham qui révolutionna le ballet et autres Arthur Penn, Willem de Kooning, Jasper Johns, Robert Rauschenberg. L’influence de tous ces artistes hors catégorie fut et reste plus que jamais considérable.

L’expo n’est ni rétrospective, ni chronologie, elle est une sensibilisation multisensorielle, un environnement sonore et visuel. Les reproductions en grand format de partitions et écrits de Cage sont des pièces témoins qui font voir à partir de quoi les sons naissent et se structurent. Ces notes, indications, textes, dessins, se traduisent en sons ambiants que l’on peut écouter tranquillement assis dans un transat en regardant ou pas des extraits de qualité visuelle fort moyenne de ballets de Merce Cunningham. Le mixage des sonorités qui proviennent d’un peu partout sans que l’on puisse déterminer l’origine et l’environnement visuel créent un bain du voir et de l’entendre qui restitue le climat expérimental de ces créations et correspond au "laissons-nous simplement distraire des sons" selon le souhait même de Cage. Il faut pour y goûter se laisser gagner par cet environnement.

La salle de l’étage éclaire davantage les rapports de Cage avec Satie et avec les autres artistes à travers des pièces issues de la propre collection du compositeur américain. On y trouve comme le mentionne Thierry Raspail, les points communs entre les deux compositeurs, entre autres "le dépouillement qui vise l’essentiel, l’absence de ‘centre’, l’absence de logique [ ] ".

La réinstallation au 3 e étage de la Dream House (500 m²), œuvre mythique de La Monte Young, conçue dans les années septante, créée en collaboration avec Marian Zazeela, installation musicale et lumineuse à long terme reposant sur le concept de pièce musicale infinie, rejoint les recherches expérimentales d’un Cage. Le visiteur, déchaussé, allongé sur le sol, est plongé dans un environnement sonore continu (musique électronique) et lumineux en tonalité nuancée zinzolin avec sculpture mobile, qui le plonge dans un état méditatif et l’extrait du monde.

Disséminées entre les salles, les pièces de Georges Brecht (1926-2008), des "Event Glasses" qui déterminent un champ d’événements, des "Chair Events" (associations poétiques d’objets) et des "Scores" (partitions) que les visiteurs sont invités à interpréter, participent pleinement de l’aléatoire.

La reconstruction dans le parc de deux dômes géodésiques de Richard Buckminster Fuller (1885-1983), un architecte, inventeur et futurologue adepte du minimalisme (faire le plus avec le moins), apporte une vision architecturale innovante et expérimentale reposant souvent sur l’observation de la nature. Par ses recherches, il tentait en pionnier de résoudre les grands problèmes de l’humanité dont l’alimentation et l’habitat.

Cage’s Satie : composition for Museum, la Monte Young et Marian Zazeela : Dream House 1990-2012, George Brecht : Partitions et Events : interprétations 1959-2012, Richard Buckminster Fuller : Dômes et Archives, 1960, 1965. MAC, Musée d’Art contemporain, Cité internationale, 81 quai Charles de Gaulle, 69006 Lyon. Jusqu’au 30 décembre. Du mercredi au dimanche de 11h à 18h. Infos : www.mac-lyon.com

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