Candide fou, fou, fou pour les fêtes

Nicolas Blanmont Publié le - Mis à jour le

Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les mœurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme."

C’est durant les années 50 que Leonard Bernstein entreprit d’adapter en opéra le "Candide" de Voltaire. La création eut lieu à Boston en 1956 en pleine période de maccarthysme, et la parodie des audiences de la Commission des activités antiaméricaines que contenait la scène de Lisbonne ne contribua sans doute pas à assurer à l’ouvrage la large diffusion qu’il eût mérité. Des versions remodelées et quelque peu affadies de "Candide" furent proposées durant les années 70 et 80 jusqu’à ce que Bernstein établisse lui-même une version révisée, mais proche de l’original, qu’il enregistra fin 1989, quelques mois avant sa mort.

C’est cette version que propose l’Opéra flamand, spectacle de fête original qui permet à la fois une lecture au premier degré tout en humour et légèreté et une réflexion plus approfondie sur le bonheur, la différence ou l’intolérance.

Pour la mise en scène, le choix de Nigel Lowery s’avère excellent: l’humour gentiment déjanté de l’Anglais, son sens de l’actualité dans le choix des références visuelles, son inventivité constante et son esthétique empruntant autant à la bande dessinée qu’aux dessins animés en tout genre (on s’amusera notamment de retrouver le poussin géant qu’il avait déjà employé dans son "Rinaldo" de Haendel, également vu à l’Opéra flamand) servent idéalement l’ouvrage. La dimension poétique du décor de base - un coin de la planète terre où est plantée une vieille tour de radio, le tout surmonté d’une vaste carte du ciel - permet aussi de laisser une place de rêve et, ça et là, de s’abandonner à un moment d’émotion quand la partition, le plus souvent trépidante, le permet. Virtuose à chaque instant, la lecture de Lowery résout ainsi la question: tout à la fois musical, opérette et opéra, un "Candide" tel que celui-ci trouve pleinement sa place dans une saison lyrique.

La direction de Yannis Pouspourikas pourrait, ça et là, être plus resserrée et plus incisive (l’orchestre du Vlaamse Opera manquait parfois de netteté lors de la première mardi), mais son sens de la couleur et du détail font merveille, soulignant au passage les liens qui unissent l’ouvrage de Bernstein et le presque contemporain "Rake’s Progress" de Stravinsky. Excellent choix des interprètes, tant pour leurs gueules de l’emploi que pour leurs capacités vocales, avec mention spéciale pour l’extraordinaire Cunégonde de Jane Archibald (son "Glitter and be gay" est un morceau d’anthologie tant visuel que vocal), l’attachant Candide, doux comme un ours en peluche, de Michael Spyres ou l’inquiétant Pangloss/Martin de Graham Valentine, inénarrable jusque dans sa façon de chanter l’anglais avec un (faux) accent allemand.

Anvers, Vlaamse Opera, jusqu’au 29 décembre; Gand, Vlaamse Opera, du 9 au 17 janvier; www.vlamseopera.be

Publicité clickBoxBanner