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Artiste flamande de renom, grand auteur illustrateur de livres pour enfants, à laquelle on doit un de nos derniers coups de cœur, "Quelque chose de grand" écrit par Sylvie Neeman et paru à La Joie de lire, Ingrid Godon vient d’éditer un remarquable livre d’art, "Ik wou", chez Lannoo. Recueil de portraits étranges, énigmatiques et nostalgiques, ce livre est accompagné des textes de Toon Tellegen qui s’est inspiré des regards et visages tellement singuliers de l’artiste pour imaginer les vies, désirs et regrets de tous ces personnages. L’album en français ne sortira sans doute pas avant septembre aux éditions suisses La Joie de lire mais les originaux des portraits, qui ont déjà été exposés, entre autres au Musée "M" à Louvain, font actuellement escale aux cimaises du Wolf, la maison de la littérature jeunesse, à deux pas de la Grand-Place.

Disposés en mosaïque, ces quelque 30 visages nous dévisagent. Il serait dommage de ne pas se laisser déshabiller l’âme. Et quand on sait qu’Ingrid Godon a toujours été attirée par les portraits du photographe borain Norbert Ghisoland (1878-1939), on se prend à rêver à une exposition conjointe des deux artistes au Mac’s. Dans l’esprit des fameuses photos d’hommes ou de femmes en vêtement de fonction de l’Allemand August Sanders (1876-1964). C’est en effet souvent la sériation qui accroît l’émotion et l’intensité du propos.

Née en Belgique en 1958, l’artiste flamande se consacre à l’illustration depuis plus de 30 ans, privilégiant une technique mixte mêlant pastel gras, crayons de couleur et peinture. Trois fois sélectionnée à Bologne, elle a reçu de nombreux prix surtout pour "Wachten op matroos" (Querido) ("Attendre un matelot", paru aux Editions Etre en 2003) ; un album qui est devenu un grand classique. Récemment encore, "Rita" vient de recevoir en Allemagne le prix le plus prestigieux en littérature jeunesse et ses livres sont traduits dans de nombreux pays. Une belle reconnaissance pour cette autodidacte qui s’est lancée par hasard dans la littérature jeunesse mais qui jamais n’a cessé de dessiner.

La voici qui s’essaye au livre d’art, une belle édition avec transparents, textes poétiques et format attrayant. Un objet livre qui, vu la crise, ne traversera peut-être pas assez les langues et frontières. "J’ai toujours été attirée par les photos de famille. Je me souviens de celles qui se trouvaient dans la chambre de mes grands-parents. J’ai également toujours dessiné des têtes de bonshommes et j’ai beaucoup de livres de photos de famille que je consulte très volontiers. J’aime ces photos en studio de gens endimanchés, avec des vêtements empruntés, aux manches trop longues ou pantalons trop courts. On voit à leur regard qu’ils ne sont pas très heureux." Comme les portraits d’Ingrid Godon avec ces yeux trop écartés, une véritable "marque de fabrique" de l’artiste. "Je n’aime pas dessiner les gens heureux. J’aime qu’ils soient mystérieux. On se pose alors des questions, on se demande ce que raconte leur regard, quelle histoire se cache derrière leurs yeux." Et c’est là, bien entendu, que tout devient intéressant.

Bruxelles, rue de la Violette20, jusqu’au 1er avril. Fermé le lundi.

Rencontre et atelier d’illustration bilingue pour adultes avec Ingrid Godon, le 16 mars de 10h30 à 15h30. Infos et rés. : 02.512.12.30 ou info@lewolf.be