C'est beau le succès, quand ça n'abîme pas les gens. Récipiendaire d'un Molière de la révélation masculine en 2000 pour son rôle dans `La Main Passe´ de Feydeau mis en scène par Gildas Bourdet, lancé désormais dans une belle carrière internationale, Christian Hecq est resté tel qu'en lui-même. Avec, peut- être, un soupçon d'inquiétude en plus, mais qui peut tout aussi bien tenir à cette quarantaine qu'il va bientôt atteindre.

Les opportunités nouvellement ouvertes, il les prend plus comme une responsabilité qu'une récompense. Quand René Gonzalez, directeur du prestigieux Théâtre-Vidy Lausanne, lui proposa une carte blanche pour un projet personnel, le comédien pensa naturellement à son complice de toujours, Charlie Degotte (lire ci-dessus): `C'est quelqu'un dont l'univers mérite d'être connu à l'étranger. Profitons que la Belgique est à la mode en France en ce moment... Et puis, j'ai besoin de cette manière de travailler, à la Belge: dans la liberté, l'invention permanente, la dynamique collective.´

Comme type d'acteur, Christian Hecq est un Arlequin. Physique court et ramassé, c'est une boule d'énergie, aussi expressif par le geste que par la parole. Ce n'est pas par hasard qu'il vient de jouer Sganarelle dans le `Dom Juan´ de Molière, mis en scène (et interprété) par Daniel Mesguich. On se souviendra aussi de son bondissant conseiller dans `Yvonne Princesse de Bourgogne´ de Witold Gombrowicz, mis en scène par Yves Beaunesne, autre Belge qui effectue un beau parcours d'artiste en France.

La France, Christian Hecq l'aime - pour la commodité administrative, il s'est maintenant domicilié à Paris -, mais son coeur et son esprit restent profondément attachés à sa `belgitude´. A savoir une vision grave et drôle, visitée par une touche de folie surréaliste voire quelque tentation à coloration mystique dont il rit évidemment bien fort.

Et avec ça, les deux pieds bien sur terre. Il ne sous-estime pas le risque qu'il prend avec le projet `& Dieu? (dans tout ça)´: `Il n'y a pas de star - disons que je suis un peu connu dans le milieu théâtral français -, pas de metteur en scène vedette, pas d'auteur. C'est une création collective à base d'improvisations d'une heure quarante dont la teneur se résume à une phrase: c'est l'histoire de six quidams qui cherchent un sens à tout le bazar...´

Sur ces `maigres´ indices plusieurs dizaines de représentations sont déjà prévues en tournée. `Espérons que cela leur plaira. En ce qui me concerne, je suis d'accord avec le spectacle qui est sorti de nos tempéraments assemblés. On n'a pas triché: `&Dieu? (dans tout ça)´, c'est nous...´

© La Libre Belgique 2003