Monica Gomes et Fabien Dehasseler, arrivés en janvier dans une saison 2010-2011 programmée par leur prédécesseur Christian Machiels, reçurent carte blanche pour élaborer, en six mois, la suivante.

Le projet des nouveaux codirecteurs artistiques portait, rappelle Fabien Dehasseler, "sur la recherche de cohérence et le décloisonnement des pratiques; ainsi les projets sont-ils plus intégrés en tant que création, et dans leur rapport à la théâtralité". La ligne artistique de la Balsamine porte donc sur le processus - avec le souci de donner à ce mot toute sa densité -, sur les personnalités artistiques qui transforment une matière en objet scénique, sur le spectateur à qui sera offerte la possibilité d’accompagner l’œuvre dans son élaboration. Cela passe, entre autres, par une nouvelle identité graphique et visuelle (signée Speculoos), à travers brochure et site, bien sûr, mais aussi avec un photographe associé. Hichem Dahes - issu de la Cambre avec une recherche sur la pré-Renaissance et les primitifs flamands - a travaillé ici sur le portrait, en rencontrant chacun des artistes de la saison.

Pas de "résidence" au sens où l’entendent habituellement les théâtres, mais diverses formules d’accompagnement dans une saison que marqueront, donc, les personnalités et leurs projets.

Martine Wijckaert, fondatrice, demeure artiste associée à la Balsa. Elle y ourdit, pour la saison qui suit, une "Trilogie de l’enfer" qui, en un spectacle mais trois paroles, questionnera la transmission, passant par la langue. Artiste en habitation, Pierre Megos aura une pièce (la galerie d’art) réservée. Auteur et vidéaste, acteur et plasticien, il peut, dit Fabien Dehasseler, "proposer différentes visions d’un projet qu’il fantasmerait", et qui se traduira en une série d’interventions au fil de la saison. Claude Schmitz, en sa qualité d’artiste hors-scène, va travailler sur le "Salon des refusés". Une boîte est présentement en construction dans le foyer de la Balsa, où elle va rester tout en s’autodétruisant à mesure des cinq présentations. Thomas Turine, compositeur proche de la scène, est lui artiste en production, et livrera avec "88C" une proposition de théâtre musical.

Stéphane Arcas crée "L’Argent", dans son lien avec la mort et les vanités. Création mondiale en français de "L’Indigène" de Franz-Xaver Kroetz par Nathalie Mauger. La jeune Léa Drouet met sa théâtralité au service de la littéralité de Jon Fosse dans "Quelqu’un va venir". Karine Jurquet et Raphaëlle Blancherie, avec "Nœuds", marient théâtre et psychologie, intime et extime. "Le Banquet dans les bois", création de Sabine Durand, se forge autour de "Titus Andronicus" et de "Comme il vous plaira". Un travail entre tragédie et comédie que Fabien Dehasseler qualifie de "très rigoureux quant à la langue mais qui redimensionne toute la potentialité qu’offrent les pièces de Shakespeare".

"Qu’est-ce que l’argent ?" La question lancée par Odile Vansteenwinckel - à qui s’est associé François Beukelaers - part d’un débat entre l’artiste contemporain Joseph Beuys et des économistes allemands, en 1984. "Hako Onna ou la Femme-Boîte" est un projet tissé par Uiko Watanabe, chorégraphe du lien entre la nature et le temps. Les éléments inspirent Kyung-a Ryu pour "Board on, on board", pièce pour quatre danseurs. Elena Perez et Lise Wittamer avaient suivi ensemble un stage avec Rodrigo Garcia; l’hybridité les intrigue, voici "Les Moutons".

Outre les projets artistiques nombreux et divers balisant sa saison, la Balsa proposera divers rendez-vous publics, notamment des "Slowdatings" destinés aux étudiants en art autour de spectacles et thèmes précis, les "Lundis Bla-Bla Balsa" offrant des contacts, des visions, des échanges sur la matière en train de se créer, sans oublier un fanzine aléatoire visant la mise en perspective.

Balsamine, 1 avenue Félix Marchal, 1030 Bruxelles. Festival d’ouverture, "Genèse", du 19 au 25 septembre. Infos&rés. : 02.735.64.68, www.balsamine.be