Nous sommes bien arrivés sur Mars".

C’est par cette phrase laconique que le speaker de la salle de contrôle du Jet Propulsion Laboratory (Pasadena, Californie) a mis fin à un intenable suspense. Après sept minutes de descente infernale, les ingénieurs de la Nasa pouvaient respirer et se laisser aller tout à leur joie.

Respectant scrupuleusement le scénario élaboré par ses concepteurs, le robot Curiosity a en effet posé ses roues sur la Planète Rouge au terme d’une manœuvre inédite à très haut risque (lire "La Libre" du 4 août). Une prouesse technique qui doit redorer le blason de la Nasa auprès des citoyens américains après l’abandon de la navette spatiale et des ambitions lunaires portées en son temps par George W. Bush.

"Sur le plan technologique, le mode opératoire choisi pour l’atterrissage constituait un pari risqué", commente Jean-Pierre Swings, Professeur honoraire au département d’astrophysique de l’Université de Liège. Ce modus operandi faisant appel à une "grue volante" pour ensuite déposer le robot au sol à l’aide de filins ouvre des perspectives pour d’autres missions, poursuit-il, citant notamment le rover européen ExoMars - dont l’avenir est cependant très incertain suite au désengagement de la Nasa de ce projet.

Le robot américain emporte également une impressionnante batterie d’instruments qui devraient permettre de faire progresser les connaissances scientifiques, juge encore M. Swings. Si les prédécesseurs de Curiosity ont mis en évidence de nombreux indices laissant supposer que de l’eau à l’état liquide coulait sur Mars dans le passé, celui-ci pourrait en apporter la preuve irréfutable.

"On ne va pas sur Mars tous les jours" commente sa collègue Yaël Nazé (ULg), rappelant que les objectifs de ce genre de missions - qui demande des années de préparation - sont soigneusement étudiés. "Il est clair que Curiosity va nous apporter des éléments beaucoup plus précis car il est beaucoup plus gros que tous les robots envoyés jusqu’ici et comporte de nouvelles expériences. Mais il n’a pas été conçu pour trouver des formes de vie, il doit essentiellement permettre de découvrir les conditions d’habitabilité de Mars".

Le site du cratère de Gale, où le rover a pris pied, a spécifiquement été choisi en raison de la présence de couches géologiques particulières, explique Véronique Dehant, planètologue à l’Observatoire royal de Belgique. "On y a localisé des roches sédimentaires, des sulfates, qui remontent au tout début de l’évolution de cette planète, il y a entre 4,6 et 3,5 milliards d’années environ. On sait qu’il y avait encore de l’eau sur Mars à cette époque et qu’elle réunissait les conditions nécessaires pour que la vie puisse éventuellement y germer. Mais on ne sait pas pour autant si elle a oui ou non abrité des formes de vie."

Curiosity devrait donc aider à lever un peu plus le voile qui pèse sur ces interrogations en analysant la minéralogie en surface. "Il devrait nous permettre de voir comment ces roches ont été influencées par la présence d’eau pour comprendre les conditions et la manière dont l’habitabilité de la planète a évolué", résume M Dehant. "La cerise sur le gâteau serait de trouver dans ces minéraux un fossile de bactérie extrêmophile qui apporterait la preuve de l’existence de formes de vie passée."

Si une telle découverte venait à se produire, l’étape suivante consisterait alors à envoyer une nouvelle sonde capable de détecter des micro-organismes vivants qui, c’est du moins ce que suspectent certains scientifiques, pourraient être encore présents dans le sous-sol martien. Mais sur ce point, la prudence s’impose, car on en est plus que jamais au stade des spéculations.