Rencontre

Nul ne peut ignorer Laloy, Geneviève de son prénom. La Bruxelloise, auteur déjà des beaux albums "Si la terre" et "Hirondelles", publie à présent "Bleue". Un opus à nouveau conçu avec Philippe Laloy (arrangements, direction musicale...) et une solide flotte de musiciens (Vincent Noiret, Thierry Crommen, Osvaldo Hernandez...). Un disque "jeune public" à part, sensible, joyeux et fin à tous égards : chant, textes, musiques. Les compositions évoluent en eaux jazz mêlées de latino et folk, singulièrement teintées de notes cuivrées et de touches noires et blanches - le piano, nouveau venu. Plus que jamais, Geneviève Laloy se fait ici conteuse d’histoires qui - elles non plus - ne toucheront pas que les enfants. Dans la grande "Bleue", on ne plonge pas la tête la première ; on y entre tout doux, on se laisse apprivoiser. Et l’on y revient souvent, curieux d’y faire de nouvelles trouvailles.

"Bleue" ? La mer, bien sûr. On y joue (cf. la photo de l’artiste, enfant, couchée dans les vagues), on "se glisse dans ses bras" ou la regarde hurler ("La Mer"), on la parcourt sans fin jusqu’à en "oublier de rentrer au port" (les pirates de "Hors du temps"). L’eau, plus largement, qu’elle soit larmes ou pluie, s’immisce partout dans l’album - où se faufile encore l’envol, autre thème cher à l’artiste. C’est "l’enfance" qui est ici convoquée, indique la chanteuse : "L’eau est liée au jeu, à la vie, au jaillissement, à la source."

Mais dans "Bleue" coule un autre fil conducteur, moins fréquent dans la chanson jeune public : l’amour. Madame Dupont est bleue de Théophile, caissier au Dublaize ("Théophile et Annabelle"). "Ali-Baba" attend, fébrile, Alice la Merveille. Margaux part "Par delà les prés", valise sous le bras, rejoindre Ali, le fils du roi. Dans un autre registre, gare au couple de pigeons qui roucoule "Sur la corde à linge" où pend un joli blouson à fleurs...

Moins narratif, plus abstrait - et cependant "très apprécié des enfants, d’après les premiers concerts" - est le titre "Où sont passées les grives ?" "C’est une chanson humaniste, sur les gens qui s’élancent, qui osent faire un pas, commente Geneviève Laloy. Ceux qui traversent la rue pour parler à leur voisin, par exemple. D’autres y verront le fait de vivre avec quelqu’un." Se parler - dans une société hyper-virtuellement-connectée -, se raconter des histoires, "je rêve qu’on prenne davantage ce temps-là", confie Geneviève Laloy.

Le lien passé-présent-futur, "la transmission", est une autre notion importante à ses yeux. L’enthousiasme, "l’optimisme résolu" qui l’anime, la chanteuse, par ailleurs enseignante et maman de quatre enfants, dit les tenir de ses grands-parents. "Bleue", soit dit en passant, est dédié à Ménie, sa " Huitième Merveille" (titre d’une chanson de "Si la terre") à savoir sa grand-mère, décédée il y a peu. "Elle a un parcours particulier. Elle a créé une société d’intérim (c’est l’une des premières femmes chefs d’entreprise belges), elle était férue de musique, avait une famille, une grande ouverture d’esprit... Pour elle, tout était possible, on pouvait tout rêver : vas-y, aie confiance !"

Parmi les projets actuels de Geneviève Laloy figurent la préparation d’un nouveau spectacle avec l’ensemble vocal Méli-Mélo, mais aussi l’idée d’une création "collective, ‘engagée’, avec des chanteurs français et belges", et l’envie de chanter "en anglais, en italien et peut-être en néerlandais". De quoi ouvrir de nouveaux horizons à cette artiste qui a pas mal voyagé.

L’aventure "Bleue", elle, se muera en spectacle dès le mois de mars. Tandis que "Si la terre", première création de Geneviève Laloy (désormais signée par le label Victorie), tourne toujours en France. "On vient de jouer la 200e"...

Bleue, un CD Victorie Music, disponible partout en février. Spectacle les 14 et 17 mars à La Montagne magique, à Bruxelles. Infos : www.theatremontagnemagique.be